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Le billet du 10 janvier 2014

Escapade en terre bien connue

Au début, c’est un jour comme un autre, plutôt en fin de semaine, un jeudi ou un vendredi, comme cette fois. Pourtant, ce jour-là, tout commence plus tôt que d’ordinaire.

On n’a pas reconnu les voix quand le radio-réveil s’est mis en marche. On a tout fait plus vite que d’habitude, un œil sur la pendule. On a grignoté sans appétit, ‘pour ne pas partir le ventre vide’. On a attrapé les sacs qui attendaient depuis la veille au soir et on a fermé la maison en y laissant nos habitudes.

Oh ! C’est un départ sans aventure ! Tout est déjà arrangé : les billets de train, les horaires des correspondances et même la liste de ce qu’on va faire. Tout de même, il y a du plaisir et un brin de jubilation à laisser la vie ordinaire continuer son chemin et à en attraper une autre, le temps d’une parenthèse.

Le frisson dans le cou, c’était seulement à cause de la fraîcheur particulière du tout-petit matin. Dans l’obscurité et jusqu’à la gare de Fontenay, on a déchiré la quiétude des maisons endormies avec le fracas de nos bagages à roulettes. Dans le RER, on s’est senti différents. C’était toujours la lumière jaune, les mêmes grincements, presque le même trajet, mais notre tenue de campagne et notre barda semblaient nous avoir élevés, au-dessus des usagers, au rang de voyageurs en simple transit temporaire en ces lieux.

Même quand les villes sommeillent encore, les gares sont déjà bien éveillées. Elles sont comme des entonnoirs où viennent se côtoyer, pour un temps, toutes les trajectoires d’une foule en migration. Chaque trajet est une vie, une histoire, des raisons, une envie. Sans le TGV, notre escapade n’en serait pas une. C’est grâce à lui que la soudaineté du passage peut donner à l’échappée toute sa saveur.

Quand il s’arrache imperceptiblement au quai de la gare de Lyon, ce n’est pas le train qui part, c’est ici qui s’en va. On n’a plus alors qu’à se réfugier dans la fuite du voyage : un cocon bien tranquille lancé à 300 km/h.

Au travers des vitres, c’est toute une ruralité de prés, de bois, de chemins, de talus qui surgit à l’improviste pour aussitôt s’enfuir vers l’horizon et l’oubli. On n’y prête à peine attention. On se love dans son fauteuil, on termine sa nuit, on s’occupe l’esprit de quelques pages d’un livre, on se réjouit les oreilles d’un peu de musique et déjà, c’est l’autre monde qui est là.

Voici Montpellier où il faut chercher très vite, le nez en l’air, sur quelle voie va arriver bientôt la correspondance. Dans le TER, cette fois, ça y est, on fait partie d’une autre transhumance dont on perçoit déjà que le quotidien est différent. Gare de Sète, la douceur de l’air marin se rappelle à notre visage. Le bus jaune n°10 nous emmène déjà ; à peine le temps d’apercevoir les ferrailles rouillées des deux gros ponts à bascules jetés sur le canal. L’étang de Thau s’étale, immense et lumineux sur la gauche et c’est un flot d’autres souvenirs qui inonde nos pensées.

On quitte la nationale et nous voilà de retour dans un autre labyrinthe familier, celui des rues de Balaruc.

Maintenant, au bout de nos pas, se dessinent les blocs roses des Ondines, un regard vers les reflets sur l’étang au bout de l’allée, et la clé tourne dans la serrure. La grande aiguille de la pendule du séjour, tout occupée à franchir 11h30, reste une seconde interloquée de se sentir regardée.

Ça y est, sous sommes dans un autre ‘chez nous’. Nous nous glissons dans une autre vie, toute différente… jusqu’à dimanche.

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