Réflexions, démarche et outils.
Sommaire
La dictature du diaporama
Quand on présente ses photos dans une exposition, sur un album papier ou dans une galerie numérique sur Internet, le visiteur est libre. Il peut choisir l’ordre des photos qu’il regarde, il peut décider de s’attarder sur une, de passer vite à une autre, d’en sauter plusieurs ou de revenir s’attarder sur une qui lui a particulièrement plu.
Le diaporamiste lui, prend carrément son spectateur en otage. Il lui impose l’ordre, le rythme et il l’enchaîne au déroulement séquentiel de sa vision personnelle sans lui donner la possibilité de s’arrêter pour souffler et encore moins de faire machine arrière.
Pour se faire accepter, le diaporamiste-dictateur doit offrir au spectateur une récompense plaisante qui lui fera accepter sa privation de liberté le temps de la projection.
Capter et garder l’attention
Si comme moi vous êtes nés au milieu du siècle dernier, vous vous souvenez certainement de ces projections diapos-de-vacances chez le cousin Gudul. La famille du cousin était enthousiaste en revivant ces bons moments de vie. Après quelques bâillements poliment contenus, vous, pour qui tout cela n’était que des images étrangères, vous prétextiez un rendez-vous urgent pour vous éclipser avant qu’on charge le deuxième panier.
L’attention d’un spectateur est très difficile à maintenir. La répétition des images qui se succèdent devient vite ennuyeuse et même si vos photos sont magnifiques, passée la dixième l’œil sera rassasié, l’esprit s’envolera ailleurs et vos images ne seront plus que des changements d’éclairage sur des rétines absentes.
Embarquer pour un voyage
Pour tenter de ne pas sombrer sur les écueils évoqués précédemment, j’ai opté pour une solution : raconter une histoire. Mes photos ne sont plus là juste pour être vues mais elles participent à l’illustration d’un récit qui va construire un chemin pour guider le spectateur d’un début jusqu’à une fin.
Raconter des histoires uniquement avec des images muettes, m’a toujours semblé hasardeux. Chacun décrypte les images à sa manière selon sa sensibilité et ses références culturelles. Pas facile de se faire comprendre quand on a chacun sa langue...
J’ai donc préféré la facilité et j’utilise des mots pour raconter mes histoires : après tout, les mots c’est un peu fait pour ça !
Et la musique dans tout ça ?
Mon analyse est la suivante et elle n’engage que moi.
Avant de pouvoir susciter des émotions, les images comme les mots doivent faire appel à un travail cérébral de reconnaissance pour rattacher ce qui est perçu à des ensembles de connaissances précédemment acquises. C’est un travail de compréhension et d’identification.
Il me semble que la musique est plus primitive et suit un chemin plus direct qui passe directement du tympan à la moelle épinière. Quand on est sensible à la musique, il n’y a pas de raisonnement : on entend, on frissonne.
C’est pour ça que j’ai toujours considéré la musique comme un allié fondamental pour placer le spectateur dans l’atmosphère de mes récits. La prochaine fois que vous regarderez un thriller sur votre téléviseur, faites l’expérience de couper le son et vous verrez d’un coup toutes les images inquiétantes redevenir banales.
En résumé, je fais attention à choisir mes musiques pour qu’elles s’accordent avec la douceur, la mélancolie, la gaieté, l’enthousiasme, l’humour du récit. A l’heure du choix, je laisse parler mon instinct et je fais confiance à mon oreille. Je choisis avant tout des musiques qui me plaisent en partant du principe que ce sont celles qui me parlent, qui ont un sens pour moi. Il faut prendre la patience d’écouter beaucoup de morceaux différents et dans leur intégralité pour dénicher le passage qui fera mouche et qui s’accordera avec la durée de la séquence qu’il accompagnera.
Par goût personnel je n’aime pas recourir aux musiques générées par l’IA dont certains documentaires abusent et qui finissent par exaspérer à force de répétitions et de neutralité. L’Internet donne maintenant l’accès à d’innombrables compositions originales dans tous les styles, dans toutes les interprétations et je prends mes recherches comme autant d’occasions de faire des découvertes.
Mes principes de base bien encadrés
J’essaye d’appliquer deux principes de base.
• Déroulement : organisation comme un livre avec une introduction, des chapitres qui s’enchaînent, une chute.
• A tout moment : un accord entre image, texte et musique qui doivent se compléter en harmonie complémentaire (éviter de faire dire au texte ce que tout le monde voit déjà sur l’image).
Et pour l’encadrement :
• Le titre : c’est le «teasing » du diaporama, il doit accrocher l’intérêt et susciter l’envie de découvrir. J’aime bien les titres un peu énigmatiques ou décalés qui interrogent et dont on ne comprend la pleine signification qu’au fil de la projection.
• La chute : le spectateur doit comprendre qu’il est arrivé au terme du voyage. Rien de plus dommageable qu’un diaporama qui s’arrête « en l’air » parce qu’il n’y a plus de photos à montrer. On dit que la chute est peut-être la seule chose qui sera retenue par la mémoire après quelques jours d’oubli ; autant la soigner !
Construction et écriture
Je suis à peu près incapable d’imaginer un scénario à partir de rien. Il me faut avoir vécu quelque chose, être allé quelque part et en avoir le témoignage en photos sous les yeux pour qu’une manière de présentation commence à se former dans ma tête. Je m’appuie beaucoup sur les réactions que j’ai éprouvées, les réflexions que j’ai eu. Je ne cherche jamais à être objectif. Le regroupement des photos par thème m’aide aussi beaucoup pour structurer les chapitres dont je parlais plus haut. Pour donner une cohérence à l’ensemble j’essaie de trouver un « fil rouge » parallèle au sujet ou un point de vue insolite qui donnera de l’originalité.
Après un temps d’incubation variable j’ai besoin d’écrire pour cristalliser tout ce qui s’est accumulé de manière diffuse dans mes idées.
Construction et écriture
La première page de ce document numérique est une simple page blanche où je formalise librement toutes les idées qui me sont passées par la tête en commençant par mes objectifs : qu’est-ce que je veux montrer, quelles idées je veux transmettre, quelle durée j’envisage.
Vient ensuite un titre pressenti puis une architecture de plan/scénario ou un listage des thèmes qui se dégagent des photos avec dans chaque étape une liste de mots clés, de centres d’intérêts, d’images remarquables, de tournures de phrase que je voudrais placer dans le texte, des idées de musiques etc.
Rien de vraiment organisé, plutôt un bric-à-brac et un réservoir d’idées que je suivrai ou pas.
La deuxième partie est évidemment beaucoup plus cadrée. Comme tous les techniciens j’adore les tableaux à double entrée ! Le mien a 6 colonnes.
Le story-board
La première page de ce document numérique est une simple page blanche où je formalise librement toutes les idées qui me sont passées par la tête en commençant par mes objectifs : qu’est-ce que je veux montrer, quelles idées je veux transmettre, quelle durée j’envisage.
Vient ensuite un titre pressenti puis une architecture de plan/scénario ou un listage des thèmes qui se dégagent des photos avec dans chaque étape une liste de mots clés, de centres d’intérêts, d’images
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| Index | Objectif | Textes | Images | Mise en scène |Musique|
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Etc...
Chaque ligne décrivant l’ordre chronologique des séquences d’exposition d’une ou de plusieurs photos.
Index : rattachement aux différentes parties : intro, chapitre etc...
Objectif : rôle de la séquences
Textes : je rédige ici les morceaux de textes qui seront lus dans cette séquence.
Images : je colle ici la ou les vignettes des photos qui seront exposées
Mise en scène : je note des idées de mise en page ou d’animation des photos de la séquence.
Musique : cette colonne couvre plusieurs séquences et me sert à décrire le morceau de musique utilisé et à comptabiliser sa durée nécessaire.
L’enregistrement des textes
Parler dans un micro fait souvent peur. Pour éliminer l’angoisse du bafouillage j’enregistre tous mes textes les uns derrière les autres en continu. Si ma langue fourche, pas grave, je le redis une fois de plus. J’ai même pris l’habitude de dire chaque texte au moins trois fois de suite en testant différentes intonations, en tenant la voix en l’air, en la laissant tomber en liant les propositions où en les détachant etc. Ensuite, à l’écoute, je sélectionne les dictions qui me semblent à la fois les plus intelligibles et les plus évocatrices.
Les logiciels de maintenant permettent aisément de se promener le long de la « forme d’ondes » et de sélectionner visuellement et acoustiquement les portions que l’on veut utiliser pour exporter dans des fichiers séparés chacun des textes. Il s’agit juste d’être un peu rigoureux sur le nommage des fichiers…
Dans une vie professionnelle antérieure, on m’a apprit que pour parler en public il faut utiliser la « voix du ventre » et donc utiliser son diaphragme. Je me positionne donc toujours debout devant mon micro. Je me suis bricolé un dispositif que je monte sur mon trépied d’appareil photo et qui me présente devant le nez, dans l’ordre suivant : un filtre anti-pop, le micro et une sorte de porte partition où j’accroche les feuilles A4 de mes textes imprimés à la suite.
J’ai longtemps été déçu par la qualité des micros que j’essayais. J’ai fini par acheter un micro de type « à condensateur », suspendu et connecté via une prise USB. Je fais aussi attention à éliminer toute résonance parasite et pour cela les rideaux épais de mon dressing se sont imposés comme studio d’enregistrement idéal !
Le logiciel numérique
Dans le rôle du dernier maillon de la chaîne, le logiciel de montage permet de mettre en œuvre tout ce qui a été élaboré en amont. C’est lui qui va permettre de mettre en ordre et en scène tous les fichiers d’images et de sons pour en créer un format vidéo dont la lecture reproduira au bon moment tout ce qu’on a rêvé de faire voir, entendre, comprendre et suggérer.
Tous ces logiciels ont deux points communs dans l’aspect visuel de leurs interfaces :
• ils représentent le temps sur l’axe horizontal. On peut le faire défiler à l’écran du début jusqu’à la fin du diaporama, réduire ou grossir pour voir la totalité de la vidéo ou une poignée de secondes.
• Ils représentent sur l’axe vertical, un empilement de rectangles (de longueurs proportionnelles à leurs durées) représentant les fichiers d’images ou de sons qui seront exposés ou lus à un même instant. Pour les images, c’est un empilement qui est ordonné selon une priorité d’affichage (comme une série de calques qui seraient superposés) chaque image étant affichée selon un pourcentage d’opacité fixé par l’utilisateur. Les fichiers audio, eux, sont mixés ensemble avec des niveaux sonores respectifs déterminés par des courbes de volumes bien visibles à l’écran.
Les outils et les possibilités de manipulation de ces « objets » représentatifs des fichiers sont propres à chaque logiciel mais ils possèdent tous aussi la fonctionnalité commune d’exporter le diaporama final à des formats vidéo partageables comme le format mp4 par exemple.
Avec le temps, ces logiciels se sont enrichis de multiples fonctionnalités d’effets 2D, 3D colorimétriques toujours plus sophistiqués. Il ne s’agit pas de faire d’un diaporama un catalogue de possibilités d’un logiciel. Ces effets seront d’autant mieux remarqués qu’ils seront appliqués à bon escient au service d’une idée. Il ne s’agit pas non plus de faire bouger les images tout le temps dans tous les sens pour étourdir le spectateur, le traditionnel « fondu-enchaîné » des projecteurs de diapos a toujours un bel avenir.
Depuis que les écrans des téléviseurs se sont stabilisés au format 16/9, j’utilise systématiquement ce format pour mes diaporamas. L’assemblage et l’animation ne portent plus uniquement sur les successions et les transitions entre images mais aussi un espace de liberté pour mettre en page des photos de formats et d’orientations variables comme on pourrait le faire sur un album papier.
J’utilise le logiciel PTE AV Studio 11 Pro de l’éditeur WnSoft ( www.wnsoft.com ) depuis mon passage sur un forum de diaporamistes où quasiment tous utilisaient ce logiciel. C’est une excellente boîte à outils très complète et performante et qui encode des vidéos de bonne qualité, très fluides. Ce logiciel convient bien à ma démarche d’artisan qui aime bien mettre les mains dans le cambouis et fixer ce que fera la machine. Si vous cherchez un produit avec plein de presets pour générer en 2 clics un diaporama lambda qui ressemblera à tous les autres alors, PTE AV Studio n’est pas fait pour vous.
Après tout, quand on a un passe-temps, c’est pour y passer du temps.
Un regard extérieur
Comme dans toute création intellectuelle, le créateur -ici le diaporamiste – travaille en circuit fermé à l’intérieur de son cerveau. Il a vu les lieux dont il montre les images, il en a ses souvenirs, il est imprégné de la logique de ce qu’il veut transmettre et des moyens qu’il a choisi pour y arriver. Dans sa tête, pleine de contexte, tout est clair et évident. Dans la perception du spectateur qui ne prend connaissance que du produit fini, l’interprétation et le ressenti peuvent être très différents.
Il est donc toujours bon, au cours de l’élaboration et de la réalisation, d’échanger avec quelqu’un d’autre que soi-même pour sortir de certains aveuglements et apprécier mieux comment est reçu tout ce qu’on veut émettre.
Dans ce rôle, ma femme est d’une critique implacable… et salutaire !

