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Atelier d’écriture lundi 09 mars 2026
IDIOT
C’est un fait scientifiquement documenté. En rajoutant artificiellement de l’iode dans le sel de cuisine, on a éradiqué le « crétin des Alpes ».
Il me semble que l’« idiot du village » est lui aussi en passe de voir son sort scellé, tant sa disparition progressive de notre champ lexical est déjà avancée. Quel dommage ! Grâce à notre évolution stylistique il aurait pu prétendre à devenir au moins une « personne à capacités cognitives perfectibles ».
Qui utilise encore le mot « idiot » dans le registre des insultes ? Personne.
L’idiot était trop gentil. Bien sûr il n’était pas fini mais, il avait un peu de la grâce du benêt. Il était auréolé d’une naïveté touchante d’enfant qui le protégeait des turpitudes des adultes achevés et de leur cortège de machiavélismes. A la différence du « crétin des Alpes », les causes de sa disparition sont plus diffuses. Sand doute a-t-il été victime d’un de ces glissements sémantiques que l’on constate sans trop pouvoir les expliquer.
Ce fleuron désuet, vestige d’une langue douce et attentive aux nuances, s’est fait dévoré dans notre monde exacerbé par le héro des injures : le « connard ».
Le mot « connard » est hégémonique ; au fil des ans il s’est érigé en terme unique, couvrant tous les grades dans les légions de demeurés. Mais le « connard » fait peur car il est méchant, particulièrement quand il est gros. Il peut même devenir terrifiant quand il rehausse le rouge de sa cravate d’une tignasse flamboyante pour dissimuler son crâne néandertalien.
Pauvre idiot, tu as disparu du registre des injures à la personne. On ne t’utilise plus que pour des adresses évasives : « c’est idiot ».
Au pire, on force encore un peu ton trait en te qualifiant de « complètement idiot » pour souligner notre agacement devant, par exemple, une chicanerie administrative dont les arcanes nous restent impénétrables.
Je le confesse, même quand je me surprends en flagrant délit de maladresse, d’oubli ou d’erreur, moi-même, je ne me traite plus d’idiot. J’ai d’autres mots consolateurs pour atténuer la douleur du constat. Je me traite de « triple buse ». Hum ! une expression délicieuse que ma mémoire associe aux répliques cultes du feuilleton radiophonique de Pierre Dac et Francis Blanche « Signé Furax », diffusé jadis sur les « grandes ondes » d’Europe 1. Ah ! Les douces vertus antalgiques des souvenirs d’enfance !
Et, quand le constat de mon imperfection est trop amer, j’ai même recours au « espèce d’andouille », laissant remonter ainsi la tendre sonorité d’un « grand dépendeur d’andouilles » issu de la même veine généreuse de loufoqueries.
Oui, bon, ça va. Je vous autorise à penser que pour aller s’encombrer la mémoire d’une telle académie d’âneries, il faut être un peu idiot…
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