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Atelier d’écriture lundi 13 avril 2026
REPORTER
Trois heures quinze ! Je n’ai découvert la durée du film qu’après avoir acheté les billets. Franchement, j’ai hésité. Est-ce que j’allais supporter ça ? C’était la première fois dans toute ma vie de cinéphile non averti que j’allais passer autant de temps devant un film. Mais,bon, c’était trop tard.
Je vous parle du film de Xavier Gionnali, « Des Rayons et des Ombres ». Trois heures quinze à regarder Jean Luchaire, le français et son ami Otto Abetz, l’allemand, glisser en cinq ans du pacifisme militant à la collaboration la plus abjecte, entraînant la fille de Jean, Corinne Luchaire, dans leur déchéance.
Voilà un film de vrai reporter. Plus de cinq ans de recherche et de préparation. Une démarche qui a l’humilité de ne rien vouloir démontrer mais l’ambition de tout vouloir montrer. Une rétrospective qui ne simplifie rien, qui ne schématise rien, qui témoigne juste de la complexité d’une période de démesure qui a ébranlé toutes les utopies et qui a révélé toutes les bassesses. Pour cela, trois heures quinze ne sont pas de trop.
Des petits arrangements aux grandes compromissions c’est une mise en scène sidérante entre ténèbres et lumières des folies du nazisme, d’un anti-sémitisme culturel, des pillages, des débauches, du marché noir, des luttes d’influence, le tout sur fond de tuberculose rampante.
Hé bien oui, sans voir le temps passer, j’ai regardé ces vies s’égarer sur les chemins d’une Histoire qui les dépasse. Des chemins que le reporter Xavier Giannoli explore méticuleusement jusque dans leurs plus petites impasses. Des errements dont il veut témoigner sans complaisance mais dont il se garde bien d’être juge.
Au cours du procès de Jean Luchaire, qui eut lieu après la libération et qui mena ce patron de presse au poteau d’exécution, le procureur, dans son réquisitoire, prononça cette phrase :
« Les mots des salauds arment les bras des imbéciles »
Comment ne pas trembler aujourd’hui en entendant ces mots d’hier quand on sait quelle caisse de résonance offrent les réseaux sociaux aux salauds de maintenant et combien toute cette avalanche permanente d’informations dont on nous abreuve réduit à néant tout notre espoir d’être un reporter plutôt qu’un imbécile.
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