{"id":1212,"date":"2020-09-30T12:47:00","date_gmt":"2020-09-30T10:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/icarrouseljp.fr\/?p=1212"},"modified":"2025-09-15T12:54:34","modified_gmt":"2025-09-15T10:54:34","slug":"2020-hausses-brutales-du-prix-de-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icarrouseljp.fr\/index.php\/uncategorized\/2020-hausses-brutales-du-prix-de-la-vie\/","title":{"rendered":"2020 : Hausses brutales du prix de la vie"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-annotation is-style-text-annotation--1\">temps de lecture 30 mn<\/p>\n\n\n\n<p>Initialement, je n&rsquo;envisageais pas de publier ce texte car la deuxi\u00e8me partie m&rsquo;en est tout \u00e0 fait personnelle et intime. Voil\u00e0 5 ans que je n&rsquo;avais pas relu ces pages et il me semble d&rsquo;un coup que ce sont les plus belles et les plus denses que j&rsquo;ai \u00e9crites ; sans doute par leur sinc\u00e9rit\u00e9. Bien s\u00fbr les faits sont intimes, mais quoi de plus partag\u00e9 que l&rsquo;\u00e9pisode du COVID et la perte d&rsquo;un parent proche ?<\/p>\n\n\n\n<p>Voici donc un texte dont j&rsquo;ai ressenti l&rsquo;\u00e9criture comme une n\u00e9cessit\u00e9, un besoin profond de me construire un r\u00e9cit du chaos d&rsquo;exp\u00e9riences et d&rsquo;\u00e9motions qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pour moi l&rsquo;ann\u00e9e 2020.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">souvenirs et digressions septembre 2020<\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">2020 : Hausses brutales du prix de la vie<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em><br><em>\u00e0 mes ch\u00e8res Fran\u00e7oise, s\u0153ur et compagne<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p>Moi qui suis toujours en qu\u00eate de sujets pour alimenter mon plaisir d\u2019\u00e9crire, voil\u00e0 que l\u2019ann\u00e9e 2020 a mis sur ma route deux parenth\u00e8ses, curieusement imbriqu\u00e9es, pendant lesquelles digressions et id\u00e9es courtes se sont heurt\u00e9es \u00e0 foison dans ma t\u00eate. Deux parenth\u00e8ses qui sont venues mettre \u00e0 mal le ronronnement rassurant de ces \u00ab&nbsp;marronniers&nbsp;\u00bb qui, en ponctuant cycliquement nos ann\u00e9es, nous donnent l\u2019illusion que le temps qui passe se perp\u00e9tue et que des prochaines fois seront toujours \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais pu me jeter promptement sur mon stylo dans l\u2019impulsion de l\u2019actualit\u00e9 toute fra\u00eeche&nbsp;: il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. Voil\u00e0 deux mois que le besoin d\u2019\u00e9crire est l\u00e0 et que les id\u00e9es tournent en rond dans ma t\u00eate&nbsp;; ballet mouvant de confusions mentales o\u00f9 s\u2019affrontent les contradictions, o\u00f9 les th\u00e9ories montent comme des souffl\u00e9s, appel\u00e9es par des besoins de certitudes, et retombent ensuite, d\u00e9mont\u00e9es par les faits. Il me fallait sans doute ce temps de gestation pour que le bouillon se calme, que les id\u00e9es s\u2019agr\u00e8gent et me laissent appara\u00eetre les strates d\u2019un r\u00e9cit un peu organis\u00e9. Une sorte de coh\u00e9rence acquise par s\u00e9dimentation diraient les g\u00e9ologues.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re plus triviale, il est aussi moins facile de s\u2019attaquer gravement \u00e0 des sujets s\u00e9rieux que de traiter l\u00e9g\u00e8rement des anecdotes. C\u2019est une autre tonalit\u00e9 d\u2019\u00e9criture qu\u2019il me faut explorer sans \u00eatre s\u00fbr d\u2019en ma\u00eetriser la justesse. En cela, je plaide l\u2019indulgence de la premi\u00e8re fois aupr\u00e8s de mes lecteurs \u00e9ventuels.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re parenth\u00e8se n\u2019a rien de personnelle. Elle est facile \u00e0 deviner tant son emprise a \u00e9t\u00e9 plan\u00e9taire et nous a concern\u00e9s tous. C\u2019est cette rupture que l\u2019apparition et la diffusion du corona virus ont provoqu\u00e9e dans nos vies.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lorgnette des m\u00e9dias qui formatent aujourd\u2019hui notre compr\u00e9hension du monde, il a fallu deux mois pour que cette \u00e9pid\u00e9mie passe du stade de fait divers \u00e0 celui de menace omnipr\u00e9sente sur tous les endroits de la terre o\u00f9 les hommes respirent et se c\u00f4toient.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux mois d\u2019appropriation collective d\u2019un danger non ma\u00eetrisable pouvant remettre en cause l\u2019existence de chacun. Deux mois o\u00f9 l\u2019on a vu les faits suivre les voix de quelques Cassandre contre l\u2019avis majoritaire des \u00ab&nbsp;pas nous, pas nous&nbsp;\u00bb&nbsp;: ceux qui jugeaient la Chine toujours aussi lointaine que du temps de Marco Polo puis ceux qui, du haut de leur syst\u00e8me de sant\u00e9 exemplaire, regardaient avec condescendance vers la pauvre Italie \u00e0 la peine. En mettant sa patte sur l\u2019Europe, le virus s\u2019est bien moqu\u00e9 de ces particularismes. Il a r\u00e9pandu sa douleur depuis les aust\u00e8res mangeurs de harengs jusqu\u2019aux inventeurs de la <em>commedia del arte <\/em>et, les gaulois h\u00e2bleurs n\u2019y ont pas \u00e9chapp\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a travers\u00e9 l\u2019Atlantique pour conqu\u00e9rir la premi\u00e8re puissance \u00e9conomique du globe, en d\u00e9pit des twitts \u00e9bouriff\u00e9s de son plus haut dignitaire. Il a fait son bonhomme de chemin de virus, \u00e0 la recherche de bronches accueillantes et en suivant sans doute les milliers de routes commerciales qui relient maintenant tous les hommes.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Cette d\u00e9n\u00e9gation collective du malheur possible, qui a eu beaucoup de mal \u00e0 s\u2019estomper, m\u2019appara\u00eet aujourd\u2019hui terriblement humaine. Je l\u2019associe \u00e0 notre mani\u00e8re \u00e0 tous de placer \u00ab&nbsp;par d\u00e9faut&nbsp;\u00bb la maladie comme un risque pour les autres, en refusant de l\u2019imaginer pour soi. Je ne retiens pas \u00e7a comme une faiblesse mais comme une condition inh\u00e9rente \u00e0 notre \u00e9tat de conscience&nbsp;: comment lancer les projets de nos vies sans cet optimisme d\u00e9raisonnable qui nous pousse \u00e0 penser que nous aurons toujours le temps de les mener \u00e0 terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos d\u00e9mocraties, ce lent travail d\u2019acceptation a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vastateur pour le cr\u00e9dit port\u00e9 \u00e0 nos dirigeants. A l\u2019heure o\u00f9 nos machines se souviennent de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, le moindre changement de jugement a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 en p\u00e2ture \u00e0 la vindicte pour gonfler les \u00e9changes sur les r\u00e9seaux sociaux. Avec l\u2019opprobre en prime&nbsp;: on nous ment, on nous manipule, il faudra rendre des comptes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces foires d\u2019empoigne, j\u2019ai surtout per\u00e7u l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 des gens \u00e0 constater que les organisations ne ma\u00eetrisaient plus l\u2019avenir. Finis les plans, les politiques, les objectifs, les mesures&nbsp;: demain serait au bon vouloir du virus.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019habituellement nous investissons certains d\u2019entre nous du r\u00f4le rassurant de guide pour nous expliquer comment nous fabriquerons notre vie future, voil\u00e0 qu\u2019une m\u00e9chante petite b\u00eate venait renverser nos utopies et mettre dans l\u2019actualit\u00e9 de notre pr\u00e9sent l\u2019incertitude et l\u2019impermanence de toute chose. Toutes les autorit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 mal, la communaut\u00e9 scientifique y compris&nbsp;; on a vu qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas abstraite mais compos\u00e9e d\u2019\u00e9go, avec tous leurs travers et leurs imperfections. Salutaire rappel aussi pour notre aveuglement vis-\u00e0-vis du pouvoir que nous attribuons souvent aux blouses blanches. Les sciences qui touchent \u00e0 l\u2019humain sont des sciences \u00ab&nbsp;molles&nbsp;\u00bb dans lesquelles les hypoth\u00e8ses pr\u00e9valent sur le calcul. C\u2019est la vie qui contient l\u2019homme, pr\u00e9tendre comprendre la vie serait inverser contenant et contenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ma position d\u2019observateur europ\u00e9en, je trouve que cet \u00e9pisode a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le pouvoir exorbitant qu\u2019ont pris les m\u00e9dias.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne leur reproche pas d\u2019avoir orient\u00e9 le d\u00e9bat, on y a lu ou entendu \u00e0 peu pr\u00e8s tout et son contraire. On y a trouv\u00e9 les degr\u00e9s habituels qui vont de l\u2019effet d\u2019annonce en qu\u00eate d\u2019audience aux analyses fouill\u00e9es et plus circonspectes selon les sources qu\u2019on voulait bien se donner la peine d\u2019aller chercher. Pour moi, le biais dictatorial a \u00e9t\u00e9 l\u2019unicit\u00e9 du sujet. Au fil des jours, la Covid19 a fait le vide autour d\u2019elle, \u00e9clipsant toutes les autres actualit\u00e9s. Le mythe de la pens\u00e9e unique, r\u00e9alis\u00e9, non pas par une autorit\u00e9 politique ou religieuse, mais par l\u2019organisation \u00e9conomique du monde de l\u2019information.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>M\u00eame si les d\u00e9cisions politiques qui ont \u00e9t\u00e9 prises ont impact\u00e9 des millions et des millions de personnes sur la plan\u00e8te, cette r\u00e9duction drastique de l\u2019image du monde \u00e0 la seule propagation d\u2019un virus m\u2019a choqu\u00e9e. J\u2019ai le sentiment que le caract\u00e8re obsessionnel et exclusif qu\u2019a pris l\u2019information \u00e0 ce moment-l\u00e0 a jou\u00e9 un r\u00f4le dans l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 des populations en \u00e9liminant tous les autres points de rep\u00e8res qui habituellement relativisent et mettent en perspective l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement il nous est rest\u00e9 l\u2019humour et les milliers de b\u00eatises qui se sont \u00e9chang\u00e9es pour tourner la peur en d\u00e9rision.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai ressenti aussi un autre effet pernicieux, celui de l\u2019obligation qui nous est faite maintenant, de nous tenir inform\u00e9s si nous ne voulons pas nous voir exclus de la vie sociale. L\u2019usage de l\u2019Internet a invers\u00e9 le sens des flux. L\u2019autorit\u00e9 ne diffuse plus ses directives \u00e0 ses sujets, ce sont les administr\u00e9s qui prennent l\u2019habitude d\u2019aller chercher eux-m\u00eames leurs r\u00e8gles de conduite. Une \u00e9volution subtile vers la docilit\u00e9 gr\u00e9gaire dans le fonctionnement du principe \u00ab&nbsp;nul n\u2019est cens\u00e9 ignorer la loi&nbsp;\u00bb \u2026et une all\u00e9geance de plus des politiques aux ma\u00eetres des r\u00e9seaux num\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9tais pas au bout de mes \u00e9tonnements. Avec la mise en place du confinement, j\u2019ai assist\u00e9 avec sid\u00e9ration \u00e0 la mise \u00e0 l\u2019arr\u00eat volontaire de l\u2019\u00e9conomie par le politique. La m\u00eame machine qu\u2019auparavant on consid\u00e9rait incontr\u00f4lable au point de ne pas pouvoir m\u00eame la freiner pour \u00e9viter \u00e0 notre plan\u00e8te de cuire sous son couvercle de CO\u00b2&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019y ai vu l\u00e0 une rupture incompr\u00e9hensible dans l\u2019estimation du prix que nous attribuons \u00e0 la vie humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Car quoi, dans le monde d\u2019avant, au nom de l\u2019\u00e9conomie et du commerce mondial on s\u2019exterminait all\u00e8grement pour le contr\u00f4le des mati\u00e8res premi\u00e8res, on en affamait sans vergogne un bon nombre pour rendre les autres ob\u00e8ses. Ceux-l\u00e0 m\u00eames \u00e0 qui on vendait, pour remplir leurs vies oisives, alcool, tabac, sucres \u00e0 gogo, machines infernales empoisonnant l\u2019atmosph\u00e8re et qui, au final, les envoyaient <em>ad patres <\/em>avant leur heure, c\u0153urs \u00e9puis\u00e9s, poumons encrass\u00e9s, cellules en folie. Dans le monde d\u2019avant, une vie humaine ne valait pas cher sur l\u2019\u00e9tal des marchands et d\u2019un coup, parce qu\u2019elle \u00e9tait menac\u00e9e par un virus, cette m\u00eame vie devenait inestimable au point qu\u2019on lui sacrifiait tout&nbsp;?!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce changement radical des crit\u00e8res qui m\u2019a interpell\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains se sont engouffr\u00e9s dans cette br\u00e8che, le grand soir \u00e9tait arriv\u00e9, enfin nous comprenions nos erreurs, pour la premi\u00e8re fois dans son histoire l\u2019humanit\u00e9 \u00e9tait rassembl\u00e9e dans un m\u00eame mouvement, les armes, le pouvoir et l\u2019argent avaient montr\u00e9 leur impuissance, le soin, l\u2019empathie et l\u2019entraide reprenaient les r\u00eanes, plus rien ne serait plus comme avant&nbsp;: nous avions chang\u00e9 de paradigme&nbsp;! J\u2019aurais bien voulu y croire mais je n\u2019y suis pas arriv\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Aux derniers chiffres de cette fin du mois d\u2019ao\u00fbt, la Covid19 a caus\u00e9 la mort de 800&nbsp;000 personnes. Sur les 7,7 milliards que nous sommes cela repr\u00e9sente environ 0,01% d\u2019entre nous (1\/10 000). Sans vouloir retirer quoique ce soit aux souffrances individuelles de ces malheureux ni \u00e0 la douleur de leurs familles, il faut bien reconna\u00eetre que l\u2019impact est sans rapport avec celui de la pand\u00e9mie de 1918 o\u00f9 la grippe dite \u00ab&nbsp;espagnole&nbsp;\u00bb avait fait dispara\u00eetre, estime-t-on, entre 2 \u00e0 5% de la population mondiale de l\u2019\u00e9poque (200 \u00e0 500 fois plus&nbsp;!). Pour autant, aucune mesure comparable n\u2019avait \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 l\u2019\u00e9poque et l\u2019\u00e9pisode avait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu comme un avatar de plus de cette rivalit\u00e9 mouvante qui oppose nos organismes et les virus depuis toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est ce qui, aujourd\u2019hui, nous a fait r\u00e9agir si brutalement, nous a convaincu aussi facilement de renoncer \u00e0 nos libert\u00e9s pour nous soustraire \u00e0 la menace de cette maladie virale&nbsp;? Ces questions ont tourn\u00e9 en rond dans ma t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Avons-nous pressenti qu\u2019en rendant indispensables \u00e0 notre existence ces circulations incessantes de marchandises et de personnes autour de la plan\u00e8te nous avions ouvert aux virus une voie royale pour nous envahir&nbsp;? Sans doute, pourtant, d\u2019autres hypoth\u00e8ses se sont \u00e9chafaud\u00e9es dans mon esprit dont je n\u2019arrive pas \u00e0 me d\u00e9partir et que je vais me risquer \u00e0 formuler ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure, par sa fa\u00e7on de vivre, l\u2019homme envoie au tr\u00e9pas, avant leur heure, une partie de ses cong\u00e9n\u00e8res&nbsp;: tout va bien, dans la comptabilit\u00e9 des pertes et profits c\u2019est acceptable, le pouvoir de l\u2019homme n\u2019en n\u2019est pas entam\u00e9, il en sortirait m\u00eame presque fortifi\u00e9. Mais voil\u00e0 qu\u2019un virus, en free-lance, se pr\u00e9vaut de d\u00e9cider \u00e0 son gr\u00e9 de nous faire dispara\u00eetre&nbsp;! Ce n\u2019est plus la m\u00eame chose, le pi\u00e9destal se fissure, l\u2019homme-ange est d\u00e9chu, le voil\u00e0 qui redevient une b\u00eate. Quelle humiliation&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La religion du consum\u00e9risme, qui s\u2019est \u00e9tendue sur toute la plan\u00e8te, a gomm\u00e9 nos tenants et nos aboutissants. Elle nous offre un r\u00e9cit incomplet qui ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019\u00e0 notre pr\u00e9sent. Pour masquer cette lacune, elle cache soigneusement l\u2019image de la mort et la fait dispara\u00eetre de ses ic\u00f4nes pour dissimuler son impuissance \u00e0 l\u2019int\u00e9grer. Le jeunisme fait flor\u00e8s, les seniors ne sont plus ces ombres prostr\u00e9es qui se dess\u00e9chaient au coin des chemin\u00e9es ti\u00e8des de nos anc\u00eatres&nbsp;; ce sont des acteurs \u00e9conomiques \u00e0 part enti\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 des loisirs. Ils font tourner l\u2019industrie pharmaceutique et m\u00e9dicale, \u00e0 l\u2019extr\u00eame on les cache dans les Ephad, ces cautions morales de nos soci\u00e9t\u00e9s reconnaissantes. Et voil\u00e0 que dans ce tableau bien lich\u00e9, un vilain Corona virus vient taguer aux quatre horizons le visage grima\u00e7ant de la camarde. Quelle audace irr\u00e9v\u00e9rencieuse&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Interrogations ou pas, \u00e0 partir du 11 mars il a bien fallu vivre ce confinement. J\u2019ose le dire, le premier mois ne f\u00fbt pas malheureux. Pour moi, ce temps f\u00fbt bizarre, \u00e9trange, \u00ab&nbsp;in\u00e9dit&nbsp;\u00bb, comme s\u2019en gargarisaient les m\u00e9dias, mais tout \u00e0 fait supportable.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>En premier, ce virus a eu la bonne id\u00e9e de me faire prendre conscience de la chance que j\u2019avais de poss\u00e9der trois choses&nbsp;: une sant\u00e9 qui me tenait \u00e9loign\u00e9 des cat\u00e9gories \u00ab&nbsp;\u00e0 risques&nbsp;\u00bb, une grande maison avec un jardin et un \u00e2ge qui m\u2019avait lib\u00e9r\u00e9 des soucis du travail et des enfants. Avant cet \u00e9pisode, c\u2019\u00e9taient autant de choses auxquelles je ne pr\u00eatais pas l\u2019attention qu\u2019elles m\u00e9ritaient, les trouvant normales, voire emb\u00eatantes pour ce qui est du temps monopolis\u00e9 par une maison et un jardin et des vertiges qui m\u2019assaillent quand je ressasse mes trop nombreux souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Docile, j\u2019ai respect\u00e9 les consignes, j\u2019ai pris mes pr\u00e9cautions, mais je ne crois pas avoir eu peur d\u2019attraper cette maladie. J\u2019ai entendu les t\u00e9moignages de ceux qui se retrouvaient priv\u00e9s de ressources, de ceux qui tournaient en rond derri\u00e8re les fen\u00eatres de leur \u00e9ni\u00e8me \u00e9tage ou de celles qui s\u2019\u00e9cartelaient pour superposer la cuisini\u00e8re, la pr\u00e9ceptrice et la t\u00e9l\u00e9travailleuse. Cela m\u2019a rendu modeste en mati\u00e8re de mauvaise humeur et j\u2019ai fait contre mauvaise fortune bon c\u0153ur devant les queues au supermarch\u00e9, mon Parc de Sceaux boucl\u00e9 et ma piste cyclable habituelle barricad\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rayons de farine d\u00e9valis\u00e9s ne nous ont pas g\u00ean\u00e9s car, avec Fran\u00e7oise, nous ne sommes jamais tomb\u00e9s dans le travers de la p\u00e2tisserie-passe-temps, pas plus que dans celui des journ\u00e9es-pyjamas, viss\u00e9s sur le canap\u00e9. Du temps, il y en avait, nous l\u2019avons organis\u00e9, ponctu\u00e9 de petits rituels et nous l\u2019avons savour\u00e9 tranquillement sans jamais le trouver long.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en ai utilis\u00e9 beaucoup pour m\u2019occuper du jardin&nbsp;; il faut dire que le soleil g\u00e9n\u00e9reux et le silence impos\u00e9 en faisait un endroit d\u00e9licieux. Le calme et l\u2019immobilit\u00e9 de la ville \u00e9taient impressionnants&nbsp;: une sorte de week-end du 15 ao\u00fbt qui se serait fig\u00e9. Les cris des jeux d\u2019enfants dans les jardins, le bleu pur du ciel au-dessus des toits, les chants d\u2019oiseaux, les odeurs oubli\u00e9es d\u2019herbe et de terre sur la banlieue \u00e9taient autant de bonheurs perdus qu\u2019on se plaisait \u00e0 retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Emport\u00e9 par cette atmosph\u00e8re, j\u2019ai d\u00e9croch\u00e9 du r\u00e2telier aux outils le vieux scarificateur \u00e0 main pour retirer la mousse de mon herbe (il y a longtemps que je ne parle plus de pelouse\u2026), pour ne pas troubler le silence et rester dans la note de ce retour \u00e0 l\u2019ancienne. Et doucement, morceaux par morceaux, jours apr\u00e8s jours, je suis pass\u00e9 partout.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai v\u00e9cu ainsi, ce premier mois de confinement. Comme un oisif d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 trop riche, gonfl\u00e9e de ses r\u00e9serves et qui peut se permettre de vivre quelques temps sur l\u2019inertie de son syst\u00e8me. J\u2019imagine bien que ce point de vue n\u2019\u00e9tait s\u00fbrement pas partag\u00e9 dans les rues de Calcutta ou dans les faubourgs de Bamako.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment aurais-je v\u00e9cu dans ces conditions les deux autres mois de confinement qui ont suivi&nbsp;? Je ne le saurai pas car le 7 avril la vie a ouvert devant mes pas une deuxi\u00e8me parenth\u00e8se qui m\u2019a emmen\u00e9, elle aussi, vers des chemins que je n\u2019avais jamais emprunt\u00e9s et qui s\u2019est charg\u00e9e de redistribuer les cartes de ma vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce second \u00e9pisode appartient compl\u00e8tement \u00e0 ma sph\u00e8re priv\u00e9e. Pour les \u00e9ventuels lecteurs qui ne feraient pas partie du cercle des proches, il est peut-\u00eatre temps, au milieu des digressions, de laisser s\u2019\u00e9couler ici quelques souvenirs pour leur offrir un bref condens\u00e9 d\u2019histoire familiale.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>De 1934 \u00e0 1937, deux \u00e9l\u00e8ves de l\u2019Ecole Municipale Professionnelle Diderot qui suivaient le m\u00eame apprentissage du m\u00e9tier de chaudronnier, se c\u00f4toy\u00e8rent et se li\u00e8rent d\u2019amiti\u00e9. Chacun d\u2019eux avait pour toute fratrie une unique s\u0153ur. Bien que contrecarr\u00e9e par cette autre parenth\u00e8se tragique que f\u00fbt la guerre, la vie fit tourner sa ronde, battre les c\u0153urs et \u00e0 la fin, chacun des deux \u00e9pousa la s\u0153ur de son copain. L\u2019un des deux couples devint celui de nos parents, \u00e0 ma s\u0153ur et moi, l\u2019autre celui de notre unique \u00ab&nbsp;tonton&nbsp;et tata&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le couple de mes parents connut la joie d\u2019avoir deux enfants et le malheur de laisser un veuf vivre dans le souvenir pendant 23 ans. Le couple de mon oncle et de ma tante eut le malheur de ne jamais r\u00e9ussir \u00e0 avoir d\u2019enfants et le bonheur de cheminer harmonieusement main dans la main pendant 69 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce court-circuit familial, qui a r\u00e9duit s\u00e9v\u00e8rement le cercle des proches, explique sans doute que les liens aient \u00e9t\u00e9 si forts entre nous six.<\/p>\n\n\n\n<p>Papa, maman, tonton, tata, quatre mots doux qui sont pour moi comme les quatre tours d\u2019angle de ce ch\u00e2teau fort protecteur au pied duquel ma s\u0153ur et moi avons pu savourer notre enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>1990, 2013, 2017, les tristes souvenirs de trois effondrements par la sape de la maladie et de la vieillesse extr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2020, \u00e0 97 ans et toute vacillante qu\u2019elle soit, ma tante reste la derni\u00e8re de ces tours famili\u00e8res encore debout sur le champ de ruines, soutenue par la force de son caract\u00e8re et de sa t\u00e9nacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9but du confinement, je vais la voir moins souvent dans sa grande maison de Sainte-Genevi\u00e8ve-des-Bois. Je garde mes distances derri\u00e8re mon masque. Je regarde le courrier arriv\u00e9 depuis ma derni\u00e8re visite, nous d\u00e9plorons ensemble le service d\u2019aide \u00e0 domicile qui est devenu rare et al\u00e9atoire depuis cette affaire de virus, je la r\u00e9conforte comme je peux.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00eatement, le volet roulant du s\u00e9jour s\u2019est cass\u00e9 et le r\u00e9parateur que j\u2019ai appel\u00e9 ne peut plus venir, tout confin\u00e9 qu\u2019il est, lui aussi. La voil\u00e0 contrainte de vivre dans la p\u00e9nombre et d\u2019\u00eatre priv\u00e9e de la vue de son jardin o\u00f9 elle ne va plus mais o\u00f9 elle a tant de souvenirs. C\u2019est emb\u00eatant mais elle accepte et pour d\u00e9tendre mon front, elle me dit \u00ab&nbsp;On n\u2019y peut rien, ne t\u2019inqui\u00e8tes pas, j\u2019en ai vu d\u2019autres tu sais&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but avril, la voix de la charmante vieille dame se fait plus fr\u00eale au t\u00e9l\u00e9phone, le vernis craque, la voil\u00e0 moins rassurante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je m\u2019affaiblis tu sais, ce matin il m\u2019a fallu 20 minutes pour r\u00e9ussir \u00e0 me lever de mon lit, j\u2019ai cru que je n\u2019y arriverai jamais&nbsp;\u00bb. Les infirmi\u00e8res qui passent la voir quotidiennement m\u2019alertent, elles aussi, me parlent de r\u00e9tention d\u2019eau, d\u2019\u0153d\u00e8mes dans les jambes&nbsp;: \u00ab&nbsp;En plus du lit m\u00e9dicalis\u00e9, il lui faudrait un fauteuil releveur&nbsp;\u00bb. In extremis, je rajoute le fauteuil \u00e0 la livraison du lit que j\u2019ai organis\u00e9e par t\u00e9l\u00e9phone avec la boutique sp\u00e9cialis\u00e9e qui est proche de chez elle.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Le 7 avril, comme convenu, nous arrivons en tout d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi pour r\u00e9ceptionner la livraison. Fran\u00e7oise m\u2019a accompagn\u00e9 pour m\u2019aider \u00e0 \u00e9vacuer son lit double \u00e0 sommiers articul\u00e9s qui p\u00e8se \u00ab&nbsp;un \u00e2ne mort&nbsp;\u00bb comme on dit \u00e0 Carmaux.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un choc. La tour qui tentait encore de se redresser la semaine derni\u00e8re est toute fl\u00e9chie, d\u00e9j\u00e0 presque \u00e0 terre. Depuis trois nuits elle fuit son lit devenu trop bas, de peur qu\u2019il ne la retienne prisonni\u00e8re de sa faiblesse. Nous la trouvons dans sa cuisine, accroch\u00e9e \u00e0 sa chaise haute qu\u2019elle ne veut plus quitter, les jambes \u00e9normes, percluse de douleurs apr\u00e8s trois nuits de mauvais campements entre chaises et fauteuils. Depuis le matin, elle n\u2019a pris qu\u2019une tasse de th\u00e9 et les jours pr\u00e9c\u00e9dents peut-\u00eatre pas beaucoup plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me sens tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise, contrari\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9. J\u2019\u00e9tais venu pour l\u2019apr\u00e8s-midi avec ma belle solution technique et tout me montre que \u00e7a ne marchera pas, c\u2019est trop tard. Pendant que nous nous affairons, \u00e9puis\u00e9e, elle s\u2019est endormie sur la paillasse \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son \u00e9vier, la t\u00eate sur les bras, toujours en \u00e9quilibre sur sa chaise haute. L\u2019image de ce pauvre corps en perdition, cass\u00e9 ainsi en deux, si faible, si fragile, me hante encore quelques fois. Je crois que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clic qui m\u2019a fait d\u00e9cider de rester avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise est admirable, elle m\u2019approuve et me soutient, d\u2019\u00e9vidence elle fera partie de l\u2019\u00e9quipe tant il nous semble impensable de pouvoir d\u00e9placer tout seul ce pauvre corps douloureux qui n\u2019en peut plus. Nous aurons un troisi\u00e8me renfort&nbsp;; ma s\u0153ur aussi r\u00e9pond pr\u00e9sente \u00e0 la solidarit\u00e9 et viendra d\u00e8s le lendemain depuis La-Fert\u00e9-Saint-Aubin pour se confiner avec nous et accompagner notre \u00ab&nbsp;tata&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la deuxi\u00e8me fois, je viens de voir monter en fl\u00e8che le prix de la vie. Pour celle de ma tante que je payais d\u2019une apr\u00e8s-midi par semaine et de quelques d\u00e9marches administratives, me voil\u00e0 pr\u00eat \u00e0 d\u00e9bourser le prix fort d\u2019une pr\u00e9sence permanente.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019heure, nous devons faire un aller-retour \u00e0 Fontenay pour nous composer une valise en urgence&nbsp;; nous aviserons plus tard. Dehors il fait nuit maintenant. Je prends le volant, un peu h\u00e9b\u00e9t\u00e9, et ce salaud de radar me flashe \u00e0 56 km\/h dans la descente de Savigny-sur-Orge.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re quinzaine est v\u00e9cue dans l\u2019appr\u00e9hension de nous voir confronter de si pr\u00e8s avec la mort de notre tante. Comment r\u00e9agirons-nous si son souffle s\u2019arr\u00eate, si son regard se fige dans une derni\u00e8re frayeur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons bien compris que la vie ne l\u2019int\u00e9resse plus. Elle se r\u00e9fugie dans le sommeil et s\u2019y abandonne compl\u00e8tement avec l\u2019espoir de ne pas devoir en sortir. Pendant ses endormissements, son immobilit\u00e9 nous semble pr\u00e9monitoire et chacune de nos arriv\u00e9es dans sa chambre s\u2019accompagne d\u2019une qu\u00eate&nbsp;: on guette le signe de vie, le bruit t\u00e9nu du souffle, le mouvement imperceptible du drap qui monte et descend sur la poitrine.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Pendant cette p\u00e9riode, les paroles poignantes de Jacques Brel tournent en boucle dans mon cerveau malmen\u00e9 \u00ab&nbsp;Du lit \u00e0 la fen\u00eatre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit&nbsp;\u00bb. Quel raccourci saisissant pour \u00e9voquer cette emprise implacable de la vieillesse qui r\u00e9tr\u00e9cit la vie jusqu\u2019\u00e0 la rendre insipide.<\/p>\n\n\n\n<p>Prendre en charge une personne alit\u00e9e n\u2019est pas rien, d\u2019un coup les mots \u00ab&nbsp;aides-soignants&nbsp;\u00bb ne sont plus cette ritournelle m\u00e9diatique \u00e9cout\u00e9e d\u2019une oreille distante, ce sont ceux d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il nous faut prendre \u00e0 bras le corps et \u00e0 c\u0153ur vaillant. Tous les jours, nous b\u00e9nissons Claire et No\u00eblle, les deux infirmi\u00e8res qui suivaient notre tante, pour l\u2019aide, les conseils, les \u00e9coutes qu\u2019elles nous prodiguent. Sans elles, nos premiers pas dans l\u2019apprentissage de ce nouveau m\u00e9tier auraient \u00e9t\u00e9 beaucoup plus chaotiques et d\u00e9courageants.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re parenth\u00e8se, j\u2019\u00e9voquais tout \u00e0 l\u2019heure l\u2019appel aux directives et le recours aux autorit\u00e9s scientifiques que manifestaient les foules saisies par l\u2019incertitude et l\u2019incompr\u00e9hension. Il me semble que nous avons \u00e9prouv\u00e9 la m\u00eame chose \u00e0 notre \u00e9chelle. Notre impr\u00e9paration et notre m\u00e9connaissance de ce que nous vivions nous ont rendu, nous aussi, avides d\u2019avis m\u00e9dical&nbsp;; comme on cherche un itin\u00e9raire dans un pays inconnu. H\u00e9las, le m\u00e9decin traitant, les infirmi\u00e8res, le r\u00e9seau m\u00e9dical d\u2019aide \u00e0 la douleur, chacun d\u2019eux nous semblait suivre sa doctrine, son point de vue, nous laissant \u00e0 chaque fois un peu plus perplexes sur la route \u00e0 suivre et un peu plus amers quant \u00e0 notre solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense maintenant que c\u2019\u00e9tait cette sch\u00e9matisation de la vie que nous r\u00e9clamions qui \u00e9tait utopique. La suite a montr\u00e9 que chacun, \u00e0 son heure, a eu raison et que leurs divergences apparentes ne refl\u00e9taient sans doute que la complexit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre \u00e9quipe de trois s\u2019est appuy\u00e9e sur sa bonne entente. En plus d\u2019honorer cet esprit de solidarit\u00e9 qui nous a \u00e9t\u00e9 transmis, je peux dire sans trahir personne, que nous \u00e9tions aussi r\u00e9unis par un m\u00eame sentiment. Ce temps que nous accordions \u00e0 notre \u00ab&nbsp;tata&nbsp;\u00bb \u00e9tait celui que nous n\u2019avions pas donn\u00e9 pour accompagner nos propres parents. Il y avait l\u00e0, pour chacun, l\u2019occasion de s\u2019acquitter d\u2019une dette morale et de se remettre en paix avec lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Jour apr\u00e8s jour, les habitudes se sont mises en place, les t\u00e2ches se sont r\u00e9parties et surtout, ce trin\u00f4me nous a donn\u00e9 une marge, une sorte de zone de touche o\u00f9, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, nous pouvions nous accorder un temps de hors-jeu pour nous calmer, nous a\u00e9rer, nous \u00e9vader et accepter.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re des difficult\u00e9s que nous avons \u00e9prouv\u00e9e \u2013 nous ne l\u2019avions pas imagin\u00e9e \u2013 a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9puisement et l\u2019irritation progressive qui viennent quand il faut s\u2019accorder avec la lenteur de la vieillesse extr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous r\u00e9sistons du mieux que nous pouvons \u00e0 l\u2019impatience de faire certains gestes \u00e0 sa place pour lui laisser encore un petit espace d\u2019autonomie. C\u2019est \u00e0 chaque fois une \u00e9preuve pour notre patience. Le lavage des mains dans la bassine est une travers\u00e9e au long cours. Les repas sont autant de combats que nous menons contre son gr\u00e9 et son manque d\u2019app\u00e9tit. Chacun d\u2019eux s\u2019enlise dans une guerre de cent ans o\u00f9 chaque d\u00e9glutition ressemble \u00e0 une bataille.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>An\u00e9antissement des forces qui ne r\u00e9pondent plus&nbsp;? Perplexit\u00e9 du cerveau d\u00e9pass\u00e9 par sa propre complexit\u00e9 \u00e0 commander le corps&nbsp;? Quelle qu\u2019en soit la cause, cette lenteur nous met sous les yeux une vie qui n\u2019est pas encore la n\u00f4tre et que nous redoutons tous de devoir subir un jour. Et si cette lenteur n\u2019\u00e9tait qu\u2019une feinte de l\u2019esprit pour \u00ab&nbsp;meubler&nbsp;\u00bb, pour tenter de remplir avec un rien ces longues heures d\u00e9j\u00e0 si vides&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ma tante a eu pour elle de conserver quasiment intactes ses capacit\u00e9s intellectuelles et a \u00e9t\u00e9 pleinement consciente de sa d\u00e9gradation physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels mots trouver pour apaiser sa d\u00e9tresse morale de se voir si d\u00e9pendante quand, toute sa vie, elle n\u2019a eu de cesse de faire face toute seule, d\u2019aider les autres et de \u00ab&nbsp;n\u2019emb\u00eater personne&nbsp;\u00bb. Encore une fois, les seuls mots qui me viennent \u00e0 l\u2019esprit sont ceux de Brel \u00ab&nbsp;Traverser le pr\u00e9sent en s\u2019excusant d\u00e9j\u00e0 de n\u2019\u00eatre pas plus loin&nbsp;\u00bb. Mais, si beaux soient-ils, ces mots ne sont pas une r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment calmer la col\u00e8re qu\u2019elle avait contre elle-m\u00eame, contre son corps, contre ce c\u0153ur qui s\u2019obstinait \u00e0 battre sa cadence chaotique quand son esprit ne souhaitait plus que s\u2019endormir et ne pas se r\u00e9veiller&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vu l\u00e0, une revanche du corps. Apr\u00e8s toute une vie pass\u00e9e au service de l\u2019esprit, apr\u00e8s tant de n\u00e9gligences pay\u00e9es en tribut \u00e0 la volont\u00e9, c\u2019est lui qui prend la main, c\u2019est lui qui d\u00e9cide et qui, en plus, se paye le luxe de devenir la seule pr\u00e9occupation de toute la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce f\u00fbt une ambigu\u00eft\u00e9 de comportement qui nous d\u00e9sorienta beaucoup. Comment pouvait cohabiter dans une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, cette volont\u00e9 sinc\u00e8re d\u2019en avoir fini et cet attachement presque obsessionnel \u00e0 continuer de prendre la farandole de m\u00e9dicaments qui la maintiennent en vie depuis si longtemps&nbsp;? Sans doute est-ce plus facile d\u2019\u00eatre mort que de mourir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis les jours ont pass\u00e9, quelque fois d\u2019une monotonie usante, d\u2019autrefois anim\u00e9s de rebondissements inattendus.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but mai, \u00e0 force de repos, de combats alimentaires et de travail tr\u00e8s directif de la kin\u00e9, nous avions donn\u00e9 tort \u00e0 Jacques Brel&nbsp;: du lit elle avait retrouv\u00e9 le fauteuil, puis la fen\u00eatre et m\u00eame la terrasse, pour profiter du beau soleil, le temps d\u2019une conversation.<\/p>\n\n\n\n<p>Son humeur \u00e9tait changeante. Les petites espi\u00e8gleries alternaient avec les remerciements \u00e9mouvants \u00e0 notre \u00e9gard, les crises de larmes surgissaient apr\u00e8s les fous-rire de connivence ou les sourires \u00e0 l\u2019\u00e9vocation des souvenirs communs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie marquait le pas et on commen\u00e7ait \u00e0 esp\u00e9rer un retour \u00e0 la libert\u00e9 de circulation. Dedans, notre propre confinement s\u2019installait dans la dur\u00e9e. L\u2019\u00e9ch\u00e9ance finale que nous avions envisag\u00e9e dans le pr\u00e9sent proche s\u2019\u00e9loignait maintenant \u00e0 l\u2019horizon des futurs incertains. D\u2019\u00e9vidence, le nouveau palier de d\u00e9pendance o\u00f9 semblait se stabiliser la vie de notre tante demandait une pr\u00e9sence ext\u00e9rieure sans rapport avec les aides \u00e0 domicile ponctuelles qu\u2019elle recevait dans sa vie d\u2019avant.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Je ne m\u2019attarderai pas \u00e0 d\u00e9tailler le mois suppl\u00e9mentaire qu\u2019il nous a fallu de recherches et de d\u00e9marches. Quand on a besoin d\u2019un service de 6 heures par jour, 7 jours sur 7, les offres se font rares.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour nous un nouveau dilemme, pris entre le d\u00e9sir de plus en plus fort de retrouver le cours de nos vies et la peur de nous engager pour un service aussi intime avec une ou plusieurs personnes qu\u2019on ne conna\u00eet pas. Comment laisser notre ch\u00e8re vieille dame sans l\u2019abandonner, comment partir et garder l\u2019esprit libre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si nous avons eu de la chance mais l\u2019auxiliaire de vie qu\u2019on nous a propos\u00e9e a \u00e9t\u00e9 en tous points admirable. Elle f\u00fbt pour moi une de ces rencontres qui m\u00e9rite que mes mots s\u2019y attardent.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019appelle Pamela et est originaire du Cameroun. Depuis de nombreuses ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 elle transpose en France, aupr\u00e8s des personnes \u00e2g\u00e9es, le respect et l\u2019attention que la tradition africaine accorde \u00e0 ses anciens.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premiers jours que nous passons avec elle pour lui expliquer les d\u00e9tails de la vie domestique dont nous entourons notre tante, une sorte de paix s\u2019installe dans la maison, comme un baume qui estompe nos craintes. Son calme et sa tranquillit\u00e9 m\u2019impressionnent, moi qui aie toujours \u00e9t\u00e9 envieux de ce rapport privil\u00e9gi\u00e9 qu\u2019ont certains africains avec le temps. Ce temps accord\u00e9 pour faire tout ce qui doit \u00eatre fait, avec attention, sans pr\u00e9cipitations, avec ces gestes mesur\u00e9s et ces postures qui conf\u00e8rent \u00e0 la nonchalance la grandeur d\u2019une noblesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous haussons instinctivement la voix pour nous faire entendre des pauvres oreilles appareill\u00e9es de notre tante, elle lui parle du m\u00eame ton \u00e9gal qu\u2019\u00e0 nous-m\u00eames et, miracle, non seulement elle se fait comprendre mais elle se fait aussi reconna\u00eetre et appr\u00e9cier. D\u2019embl\u00e9e, son \u00e9coute, son empathie et sa discr\u00e9tion ont instaur\u00e9 la confiance. Je maintiens qu\u2019il y a aussi chez elle une vraie sagesse \u00e0 savoir recevoir toutes les vicissitudes d\u2019un corps us\u00e9 par l\u2019\u00e2ge, sans jugement, simplement parce qu\u2019il en est ainsi&nbsp;: sans la faiblesse de la r\u00e9signation mais avec toute la force de l\u2019acceptation.<\/p>\n\n\n\n<p>A cet instant on pouvait croire que toutes les conditions \u00e9taient r\u00e9unies pour que nous partions. Pour finir de passer la main et conclure les prestations de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9quipe&nbsp;\u00bb, comme nous avait baptis\u00e9e la si-d\u00e9vou\u00e9e voisine Aur\u00e9lia, nous avons justement organis\u00e9 un dernier go\u00fbter pour remercier tous les voisins. En effet tous ont rendu largement, dans ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les attentions et les sollicitudes que mon oncle et ma tante leur ont prodigu\u00e9es du temps o\u00f9 ils \u00e9taient moins vieux. Encore d\u2019autres rencontres qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre relev\u00e9es que cette solidarit\u00e9 de voisinage, fid\u00e8le et s\u00fbre car tiss\u00e9e sur la trame des liens affectifs.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Ma ch\u00e8re tata, ce f\u00fbt un apr\u00e8s-midi surr\u00e9aliste. De nouveau tu recevais, tu \u00e9tais en repr\u00e9sentation, offrant, du fond de ton fauteuil, tes sourires \u00e0 tout le monde. Chacun faisait semblant de croire que le mauvais \u00e9pisode \u00e9tait pass\u00e9 et qu\u2019\u00e0 nouveau pouvait revivre le temps o\u00f9 toi et tonton vous teniez portes ouvertes \u00e0 vos amis voisins.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, au moment du d\u00e9part, il y a eu ces mots que tu m\u2019as gliss\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille quand, bravant la distanciation sociale, je n\u2019ai pas r\u00e9sist\u00e9 au besoin de te serrer dans mes bras&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019esp\u00e8re que \u00e7a ne va pas durer trop longtemps&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 comment, ce dimanche 31 mai, les deux parenth\u00e8ses se sont referm\u00e9es en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>La population retrouvait sa libert\u00e9 de mouvement et nous, nous retrouvions l\u2019ancrage dans nos vies.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les trois semaines qui suivirent, notre tendre vieille dame usa, elle aussi, de sa libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Lib\u00e9r\u00e9e de la crainte des frigos de Rungis et des enterrements \u00e0 la sauvette o\u00f9 \u00ab&nbsp;vous ne pourriez m\u00eame pas venir&nbsp;\u00bb, lib\u00e9r\u00e9e du remord de nous tenir confin\u00e9s \u00e0 son service, elle en profita pour l\u00e2cher la barre et laisser filer. Se laisser pousser vers tous ceux qu\u2019elle avait connus et qui, comme elle nous le disait, \u00ab&nbsp;l\u2019attendaient pour jouer aux cartes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 toute la bienveillance et les efforts de Pamela elle abandonna \u00e0 nouveau le fauteuil pour se confier au lit puis renon\u00e7a \u00e0 livrer tous ces combats alimentaires qui la for\u00e7aient \u00e0 se nourrir. Il y eut encore deux visites formelles de son m\u00e9decin et, \u00e0 la mani\u00e8re dont il avait rang\u00e9 son optimisme positif habituel, on comprit qu\u2019elle avait fini par gagner la partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai revue une derni\u00e8re fois, indiff\u00e9rente au soleil de juin qui baignait sa chambre. Elle \u00e9tait calme, lointaine, d\u00e9j\u00e0 inaccessible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, sa vie a pris fin comme s\u2019\u00e9puise la r\u00e9sonance du dernier accord \u00e0 la fin d\u2019une m\u00e9lodie. Une fin comme elle le souhaitait, dans l\u2019intimit\u00e9 de sa chambre au c\u0153ur de sa belle maison. Discr\u00e8tement, entre le d\u00e9part de Pamela et le passage de No\u00eblle, pour n\u2019emb\u00eater personne\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>. . . . . . . . . . . . . . .<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai commenc\u00e9 ce texte fin ao\u00fbt et nous voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9but octobre. Depuis, Monsieur Corona Virus continue sa ronde autour de la terre, faisant et d\u00e9faisant \u00e0 son gr\u00e9 les espoirs des hommes. L\u2019\u00e9pisode en \u00e9tait-il un ou bien \u00e9tait-ce le d\u00e9but d\u2019une nouvelle \u00e8re? R\u00e9ponse dans les prochains \u00e9pisodes.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-image:url(&apos;https:\/\/icarrouseljp.fr\/wp-content\/uploads\/images-site\/Fond_article_texte.jpg&apos;);background-position:50% 50%;background-size:cover;\" class=\"wp-block-group style-roman has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained has-background\">\n<p>Avec ma s\u0153ur, nous nous sommes attaqu\u00e9s au vidage de la belle et h\u00e9las si grande maison, contraints que nous sommes de la vendre rapidement pour satisfaire l\u2019app\u00e9tit du fisc. C\u2019est un travail \u00e9prouvant, physiquement et \u00e9motionnellement. Tous les vestiges retrouv\u00e9s, ou m\u00eame d\u00e9couverts, ont reconstruit dans nos pens\u00e9es les quatre tours de notre ch\u00e2teau familial, nous offrant m\u00eame des perspectives que nous n\u2019avions jamais vues.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai fini par venir \u00e0 bout de ce texte, beaucoup plus long que je ne l\u2019avais imagin\u00e9 malgr\u00e9 la difficult\u00e9 que j\u2019ai eue \u00e0 le mettre en forme et voil\u00e0 qu\u2019\u00e0 la fin, je ne sais plus \u00e0 qui il s\u2019adresse.<\/p>\n\n\n\n<p>A mes deux co-\u00e9quipi\u00e8res \u00e0 coup s\u00fbr&nbsp;; j\u2019ai tellement parl\u00e9 en notre nom commun dans la deuxi\u00e8me parenth\u00e8se que je n\u2019imagine pas ne pas solliciter leur assentiment&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>A quelques proches sans doute et \u00e0 une poign\u00e9e d\u2019autres qui me sont chers.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre me suis-je surtout parl\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame. Il me semble avoir construit l\u00e0, le r\u00e9cit que ma m\u00e9moire pourra maintenant s\u2019approprier.<\/p>\n\n\n\n<p>De quoi conclure, comme d\u2019hab\u2019, par un truisme de comptoir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas dans l\u2019\u00e9criture mais toute \u00e9criture est une v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez deux heures\u2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background is-layout-grid wp-container-core-group-is-layout-e766bbef wp-block-group-is-layout-grid\" style=\"border-width:1px;background-color:#b0c2d9\">\n<p class=\"wp-container-content-bfbf5994\" style=\"margin-right:0;margin-left:0\">\u2b50 Laissez votre avis sur cet article !<\/p>\n\n\n<div class=\"glsr glsr-default\" id=\"glsr_dca99f8c\" data-from=\"block\" data-shortcode=\"site_reviews_form\" data-assigned_posts=\"1212\" data-hide=\"title,content,name,email,terms\"><div class=\"glsr-form-wrap\">\n    <form class=\"glsr-review-form glsr-form\" method=\"post\" 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