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PETITE FABLE NOCTURNE

Tout en haut du ciel, tel un cyclope lunaire,
Séléné ouvrait son œil pâle et débonnaire.
Un lampadaire, aveuglé de modernité
Discourait, convaincu de son utilité.
Ma lumière est forte et triomphe des ténèbres
Elle dessine au mur les rayures du zèbre.
Grâce à moi, toute la nuit, les hommes y voient clair
Et ils peuvent à toute heure poursuivre leurs affaires.
Je les délivre des angoisses de la nuit
Chacun de mes frères est un réconfort qui luit.
A quoi sers-tu, toi, toute petite lanterne
A verser sur le monde un éclat aussi terne ?
Moi ? Comme un bienfait, je respecte leur sommeil
J’accompagne leurs rêves en semant mes merveilles.
Accueil des égarés de l’imagination,
De leurs légendes, je suis le dernier bastion.
LA COMPLAINTE DU PAPILLON DES PALMIERS

Je suis un grand lépidoptère
Mais de quoi ai-je vraiment l’air
Ce qui est petit est charmant
Moi je suis grand, c’est pas marrant.
Mon appareil mandibulaire
Me donne un air patibulaire.
Les papillons ont des couleurs,
Moi je suis gris : ah, quel malheur !
Quand je survole mon abri
On dirait presque un colibri
Mon corps à l’air plein de poussière
Et pour séduire, mauvaise affaire.
Alors, pour avoir l’air moins c..
On m’a donné un joli nom
Le “Paysandisia Archon”.
HERMÉTIQUE

Le chat est pour nous une énigme
L’indéchiffrable paradigme.
Il peut être très attachant
Nous réclamant de l’amitié,
Ou totalement indifférent,
Arrogant d’incivilité.
Pétrifié comme une gargouille
Dans son pelage noir et rouille,
Celui-là est resté de marbre,
Imperméable à mes palabres.
Mon objectif, face à ce mur
N’a trouvé aucune fissure.
Devant mes paroles amies,
Son œil jaune n’a pas frémi.
Vexé par autant d’arrogance
Je lui ai dit pour ma vengeance :
“Garde ton regard diabolique
Chat, à la couleur maléfique !”
Il n’en n’a vraiment rien à faire
Il ne connaît pas Lucifer.
EN MARGE

J’étais venu pour le folklore
Saisir des danses la pléthore.
Mollets nerveux, jupes volantes
Jolies figures virevoltantes.
Mais en coulisse, on m’apostrophe :
C’est ça, tous les charmes du “off”.
Deux regards en phase, authentiques
Et c’est parti pour le déclic.
Ah, la belle photo offerte,
Que cette connivence, ouverte.
Cet air mutin, ces yeux rieurs
Quelle jouvence,en sa fraîcheur !
Deux vieux amis, sont là, s’écoutent,
Pleins de bonté, sans aucun doute.
Peu nous importe les paroles,
C’est l’échange qui auréole.
Merci Madame, merci Monsieur
Pour ce moment si merveilleux.
ÉLÉVATION

J’étais venu pour goûter au folklore :
Le passé aujourd’hui, bel oxymore.
Mollets nerveux, grandes jupes tournantes,
Entraînées dans des cadences savantes.
Ballets costumés pleins de couleurs vives :
Les doigts enlacés, la main sur la hanche,
En arcs gracieux les corps qui se penchent,
Tenus par le regard dans leur dérive.
Dans leur élan, adieu décor urbain,
Maisons, panneaux et tous ces lieux communs.
Les voilà farfadets dans la forêt
Aussi agiles et vifs que le furet.
Les pieds sur terre et la tête qui rêve
La danse étourdissante nous élève.
POINT D’ORGUE

J’étais venu plonger dans le folklore
Je fus noyé par des voix de stentor.
De nobles voix aux accents rocailleux,
Aux timbres étalant tout un camaïeu.
Nobles figures bien campées dans leur âge.
Avec un zeste d’humour en partage.
Belle maîtrise des intonations
Contenant toute une jubilation.
Ces beaux airs, savamment entremêlés
Méritaient de sortir de la mêlée.
Pour leur donner une place à la une
Je les montais là-haut sur la tribune.
Au pied du grand orgue monumental
J’entendis vibrer une cathédrale.
DÉAMBULATIONS MÉTAPHORIQUES

Quand survient le soir de nos vie
Et que réduisent nos envies,
Les ombres du passé s’allongent
Tenant nos pas comme une longe.
Les jours en dallage uniforme
S’alignent en imposant leur norme.
Composant des mondes atones
Remplis de langueurs monotones.
Au même pas sur le chemin
Nous traînons nos rêves lointains.
Adieu, temps des conquistadors,
Nous approchons bientôt du bord !
PRISE DE BEC

Mais qu’est-ce qu’il fait donc celui-là?
A fureter de ci de là.
Il a pas vu que c’est chez moi ?
Que cette boîte, c’est à moi ?
Combien de temps va-t-il rester
A boucher ainsi mon entrée ?
Et puis avant tout, j’ai horreur
Qu’on regarde mon intérieur.
Dis-donc toi, la perruche bleue
Tu vas déguerpir, de ces lieux !
Je vais te chasser de mon trône
Avec moi, tu vas rire jaune !
DISGRÂCE

Mais qu’arrive-t-il aujourd’hui,
Pas une âme, c’est d’un ennui !
Pas le plus petit visiteur
Pour s’extasier de nos couleurs.
Pas même un enfant rigolo
Pour nous adresser un “coco”!
Et si on compte pour des prunes,
Tout ça, c’est la faute à la lune.
Car c’est elle qui est à la Une
Des informations, des tribunes.
Elle va faire de l’ombre au soleil
A une heure où moi, j’ai sommeil.
Personne n’est venu nous voir,
Tout le monde attend ce grand soir.
Ils ont déserté les zoos
Tous ces espèces de zozos!
Mais non Jef, t’es pas tout seul. Hips!
Tiens, un p’tit dernier pour l’éclipse !
DANSE AVEC LA LUNE

Au soir, l’éclipse a tenu ses promesses.
Offrant à nos yeux cachés sa kermesse.
L’une en noir et l’autre plein de lumière
Ils ont dansé la valse pour nous plaire.
Ils ont fait tourner leur joli croissant
Pour nous offrir un moment éblouissant.
Si honoré d’être ainsi à la Une
Le Soleil a joué à devenir Lune.
Ils ont peint le ciel des couleurs du soir
Tachées d’un nuage gris, sans espoir.
Quand le bonheur s’éclipse de nos vies
Ainsi ternissent aussi nos envies.
LA DERNIÈRE GOUTTE

Quelle gourde, il n’a pas su se retenir
Se garder un peu d’eau pour l’avenir.
Son corps assoiffé a été plus fort
Que sa raison qui l’emplit de remords.
Sa gorge avide à exiger son dû,
Dicter sa loi : il a vraiment tout bu.
Il ne reste rien au fond de la gourde.
Est-ce que ce sera sa dernière bourde ?
Inutile, il l’a jetée sur le sol
Maintenant c’est son esprit qui s’affole :
Aux quatre horizons du sable à la pelle.
La promesse de la mort qui l’appelle.
MIRAGE

Il avait marché trois jours et trois nuits
Toujours longeant cette mer infinie.
Trois jours sans boire et la langue ensablée
Tout à côté de cette eau trop salée.
Halluciné il voyait une eau douce
L’appeler au loin du fond de la brousse.
Brillante et aussi limpide qu’un gemme
Il courrait vers elle lui criant : je t’aime !
Mais, inaccessible comme un mirage
Elle s’évaporait, attisant sa rage.
Pour humecter sa gorge au désespoir,
Il aurait donné tous les ors du soir.
CARÉNAGE

Ils sont pareils à L’Albatros de Baudelaire
Les voiliers qui écument du globe les mers.
Élégants et racés quand ils volent sur l’eau,
Dès qu’on les débarque, les voilà tout patauds.
Disgracieux, encombrés de leur énorme quille
Maladroits, vacillants, il leur faut des béquilles.
Ils doivent, à la vue de tous, supporter l’outrage
De montrer leurs dessous grêlés de coquillages.
Ceux qui louaient le jeu du vent avec délices,
Mis à nus, doivent avouer qu’ils ont une hélice.
Vite, que s’ouvre sous eux leur prison de fer,
Que retombe la brume de tous ces karchers.
Qu’à nouveau leurs étraves combattent les houles
Loin de tous ces grands ports encombrés de nos foules.
Ils sont fins lévriers, épris de liberté
Voguant au flot des rêves de l’humanité.
FIERS NASEAUX

Hello, beau frisé, fais moi un sourire
Tu ne tiendras pas dans ma poêle à frire !
Je suis là subjugué par ton attrait
Je veux juste te tirer le portrait.
Allons regardes-moi d’un oeil plus doux
Arrête ton air de grand méchant mou.
Je veux mettre en valeur ta jolie robe
Pourquoi à s’entraider tu te dérobes ?
Il reste là, buté comme un Auroch
A me toiser comme s’il voyait un roc,
Il ne fait rien d’autre que mastiquer.
Avec lui c’est sûr, j’aurais pas l’ticket !
Quel mufle !
DE MA FENÊTRE

Combien de longues heures, penché à ma fenêtre
J’ai regardé le jour peu à peu disparaître.
Un arbre ébouriffé et un toit solitaire,
Jaunissant sous l’œil neuf d’un ancien réverbère,
Émergeaient lentement d’une marée obscure,
Gratifiant le banal d’une noble dorure.
Du village trop calme, englouti dans la nuit,
Ce modeste fanal me restait seul, de lui.
Les champs alentour avaient sombré dans l’oubli
Me laissant leurs labours en mémoire, affaiblis.
Mon regard, posé sur ce décor familier
Revivait ainsi les anciens jours par millier.
Dans mon dos, ma trop grande maison silencieuse
Soupirait aux souvenirs d’une vie heureuse.
DESTINS CROISÉS

Je fus buffle d’eau pataugeant dans les rizières,
J’habitais dans la Cochinchine d’avant hier.
Un nobliau, qui visitait les Annamites,
Me ramena sitôt sorti de la marmite.
Il m’avait trouvé assez bien décapité
Pour orner son cabinet de curiosités.
J’étais, jeune citrouille espérant de grossir,
Quand on m’ôta la vie sans me laisser mûrir.
On m’arracha, hélas, à ma terre angevine
Pour fêter on ne sait quelle Sainte-Halloween.
Mon crâne évidé et mon sourire en grimace
Devaient être aux enfants une horrible menace.
Un hasard insensé un jour nous a uni
Pour former un tableau d’une belle harmonie.
Passant par là, un photographe démuni
Nous jeta en pâture à sa schizophrénie.
PRÉVISIONS MYTHOLOGIQUES

Fille des vents, je suis gardienne des nuages
Vieille et solennelle depuis le fond des âges.
C’est moi, qui à mon gré, les mène à la pâture,
Pour aller brouter tous les recoins de l’azur.
Mon royaume s’étend sur ces terres emblavées
Se chevauchant jusqu’aux horizons délavés.
Mon bâton dans le ciel fait appliquer la loi
Qui règne sur les plaines, les monts et les bois.
Allez là-bas crever vos averses rageuses
Qui rendront de leurs eaux les terres bienheureuses.
Laissez ici le soleil poser sa chaleur
Pour égrener sur le monde ses douces heures.
Zéphir et Cyclone, malgré certains fléaux,
M’ont baptisé du doux nom de Météo.
IL ÉTAIT UNE LONGÈRE

Il était une longère
Et long, long, long le joli muret
Il était une longère
Qui barrait l’horizon
Zon, zon
Qui barrait l’horizon
Elle était pas peu fière
De haut, de haut, elle se donn’ des airs
Elle était pas peu fière
De loger le patron
Tron, tron,
De loger le patron.
L’patron des domestiques
Chiffon, chiffon, tous ceux qui astiquent
L’patron des domestiques
D’un grand château tout rond
Rond, rond
D’un grand château tout rond
Mais les années passèrent
Au gui, au gui, et au gui l’an neuf.
Mais les années passèrent
Emportant les chât’lins
Drelin
Emportant les chât’lins.
Elle n’est plus qu’une rombière
Et ton, ton, ton au double menton
Elle n’est plus qu’une rombière
Qu’a perdu ses gouttières
Mon frère,
Qu’a perdu ses gouttières !
IL ÉTAIT UN CHÂTEAU

C’était un beau château bien dressé sur sa butte,
À l’histoire émaillée de pouvoirs et de luttes.
La fierté de ses tours tant de fois mise à terre
Chaque fois reconstruite plus haut dans les airs.
Enfant adoré, ceint par ses profondes douves
Qui l’ont protégé avec l’instinct d’une louve,
Il a survécu aux lents outrages des ans
Pour offrir à nos yeux tout son enchantement.
Après des siècles de sombres rivalités,
Il a bien mérité notre tranquillité.
Passant du château des autres aux château des uns
Le voilà devenu aujourd’hui : Châteaudun.
Le voir ainsi vivre l’automne de sa vie
Distille dans nos cœurs un brin de nostalgie.
OÙ VONT LES PORTES ?

Où vont les portes voûtées, ourlées de leurs ombres
Qui tranchent la lumière avec des seuils si sombres ?
Les murailles abruptes, rugueuses, hermétiques,
Ne dévoilent rien de leurs mystères gothiques.
L’empire minéral aux regards reste clos
Gardant secrets, les confidences, les complots.
Pour deviner ces intimités de poternes,
Il n’y a rien pour éclairer notre lanterne.
Cacheraient-elles un cloître inondé de lumière
Ou bien un grand vestibule, humide et austère ?
A l’abri de l’implacable regard public
Se glissent les ombres des vérités obliques.
EXTÉRIEUR PLUIE

La rue détrempée, quand il se fait tard,
Chante la nuit sur un air de polar.
Elle se débobine en noir et blanc
Sur des soupirs de trompette accablants.
Les réverbères inondent le pavé
Qui dégouline en halos délavés.
Dans le silence de la ville aphone
On entend le bruit d’un pas qui résonne.
Un imperméable couleur mastic
S’extrait de l’ombre aux pouvoirs magnétiques.
Sous un chapeau trempé comme une tarte
Grandit la légende d’Humphrey Bogart.
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