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Atelier d’écriture lundi 18 mai 2026
TROPHÉE
Les rangées se complétaient peu à peu. La salle du petit théâtre Mirbeau se remplissait doucement. La séance allait bientôt commencer et, au jugé, j’estimais l’assistance à une petite centaine de personnes. Pour ce genre de projection c’était un succès honorable.
Chaque année, le club photo de Triel-sur-Seine, qui s’est spécialisé dans le montage audiovisuel, organise deux projections publiques. Une prestigieuse en juin, la Coupe Lumière, avec des participations internationales et une autre plus modeste, le Gala d’Automne.
A cet automne 2019, ce n’était pas la première fois que je venais. Nous nous étions déjà retrouvés à ces séances avec trois ou quatre autres membres du forum Internet « Photo-Clic-Diapo » où nous partagions régulièrement nos expériences et notre passion pour le diaporama. C’était l’occasion de se rencontrer « en vrai » et de faire au préalable un déjeuner sympathique.
Dans la salle nous retrouvions ‘Pamglobe’ que tout le monde ici appelait Philippe, membre actif de notre forum et projectionniste attitré des séances publiques du Club de Triel-sur-Seine.
Cette fois, c’était différent. Philippe, qui voyait passer mes productions sur le forum, m’avait demandé si j’étais d’accord pour que « Autos-portraits » fasse partie des diaporamas projetés au Gala d’Automne. J’avais réalisé cet audio-visuel en complétant une série de photos de voitures anciennes prises à la Citée de l’Automobile de Mulhouse pour raconter l’histoire de la conquête de l’homme par la voiture. Une histoire à ma sauce, comme d’habitude, qui commençait par un rêve et se terminait par un cauchemar. J’avais évidemment accepté la proposition avec plaisir, déjà très fier d’avoir été repéré pour la sélection.
Onze diaporamas étaient projetés cet après-midi là, j’étais programmé en milieu de première partie, la séance étant coupée par un entracte. Comme d’habitude, chaque spectateur avait eu sa feuille de vote pour élire le traditionnel ‘prix du public’. J’avais du mal à ne pas être fébrile, c’était la première fois qu’un de mes diaporamas était projeté en public. Sept ans après, je n’ai gardé aucun souvenir des autres sujets que j’ai vu ce jour-là.
Arriva enfin mon tour dans la programmation. Il y eu un clac dans les hauts-parleurs et le message « Fichier non trouvé » s’afficha en grand sur l’écran. Après quelques instants d’attente et les excuses des organisateurs pour ce « problème technique », on passa au suivant. J’étais tassé dans mon fauteuil, écrasé par la frustration : comme un jouet qu’on vous a promis et qu’à la fin on ne vous donne pas.
A l’entracte, Philippe déconfit vient me voir, il ne comprend pas. Je lui explique en détail les fichiers que je lui ai envoyés par mail et qu’il a d’ailleurs pu ouvrir sans difficultés sur son ordinateur. Nous trouvons l’explication ; il y avait 2 fichiers et il n’en a recopié qu’un seul sur la clé qu’il a apportée.
« Je vais essayer de faire un aller-retour chez moi pendant l’entracte » me dit-il avant de s’éclipser.
La pause se passe dans l’expectative et la séance reprend sans que je ne l’ai revu. L’organisateur annonce que l’on va commencer par « Autos-portraits » qui n’a pas pu être projeté en première partie. Je lâche un profond soupir !
Ça fait un drôle d’effet d’entendre sa voix résonner ainsi dans une grande salle. Je sais toutes les intentions que j’ai mises dans ce diaporama par l’ordre des photos, leur mise en scène sur l’écran, le choix des musiques, le registre des mots. Que reçoivent les gens autour de moi, comment perçoivent-ils ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent ? C’est le mystère du texte sans le contexte. J’essaye de juger des réactions autour de moi en scrutant la pénombre, sans succès.
La séance continue ; pas facile de s’intéresser aux autres sujets ! C’est la fin, les organisateurs ramassent les fiches de vote qui passent de mains en mains jusqu’au bout des rangées.
Il faut encore attendre puis le président du club reprend le micro :
– « Le prix du public a été attribué à ‘Autos-portraits’ de Jean-Pierre Champault .
Mon estomac a un soubresaut. Tous ces inconnus autour de moi, d’un coup ne le sont plus tout à fait, j’ai réussi à partager quelque chose avec certains d’entre eux.
Ma femme me pousse du coude « Il faut que tu ailles te présenter aux organisateurs.». Dans la cohue des gens qui se lèvent et piétinent je me fraye un passage jusque devant l’écran. Quand j’y arrive enfin, le noyau des habitués s’est déjà retrouvé dans la salle attenante autour du buffet. Je me présente, on me serre la main, on me félicite, le président s’en prend à Philippe qui ne l’a pas prévenu que j’étais dans la salle. Ouf ! J’ai échappé à déclamer les platitudes d’usage. On court me chercher ma bouteille de champagne, on me re-félicite, je re-remercie. C’est fini.
Je n’ai pas boudé mon plaisir d’avoir reçu ce trophée. Se voir ainsi reconnu par des inconnus, spécialistes de surcroît, a évidemment un autre poids que d’être plébiscité par des proches qui, au fond, ne connaissent pas grand-chose à l’art de votre discipline.
C’est une petite voix qui vous dit « Tiens, ce que tu fais n’est donc pas si mal » et ça, c’est une petite voix qui fait du bien.
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