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TERMINUS

Je m’arrête ici dit la Terre.
Je suis lasse de rouler mes bosses
Je suis lasse de porter les débris
De ces hommes acharnés à détruire.
A moi la Mer !
Laisse moi goûter tes eaux onctueuses
Laisse moi panser mes blessures
Avec les douceurs de tes soies.
Je veux me dissoudre dans l’oubli
Vivre un présent sans avenir
Et ne plus voir
Les horizons maudits.
PROPRIÉTÉ ?

L’homme a planté ses piquets,
Tendu ses fils barbelés.
Derrière la barrière il a dit :
« Ici c’est chez moi, c’est à moi ».
Il y a mis tant d’orgueil,
Que le ciel en a pleuré tout l’hiver.
Tant et tant qu’à la fin, la terre a dit :
« Ça suffit, j’en ai assez de ravaler tes larmes
Désormais ce sera bouche close »
Mais le ciel était si triste
Qu’il a continué de pleurer.
Maintenant,
L’homme ne peut plus rentrer chez lui.
Ses bottes sont trop petites.
GÉANTS A TERRE

Des gorges de rocailles vous étiez les héros,
Attirés par la fraîcheur de l’onde.
Mais pour votre malheur
Vous portiez ombrage à un autre Hérault.
Celui-là, dans ses colères d’hiver,
Vous a emporté tout cru
En longues dérives d’ocres tumultueuses,
Jusqu’à vous vomir par sa large embouchure.
Le vent marin condescendant,
Vous a rendus à la terre,
Vous y gisez maintenant,
Là, sur le sable.
Contorsions hirsutes
Figées sous un ciel d’enfer.
VÉRITÉ DU SOIR

Sur l’estampe posée à l’horizon
le Canigou s’embrume.
Le soleil tire sa révérence, doucement
et l’heure dorée le suit.
L’heure bleue,
Encore ourlée de mousses d’écume,
Attend son tour, patiemment.
Tout est calme,
Tout est simple,
Tout est clair,
Rien ne peut se cacher.
Aussi vrai qu’une vérité… sans phare ?
FRANK SINATRA
Au siècle dernier
Sa voix a chaviré autant de ménagères
Que sa belle gueule d’Italo
A fait battre de cœurs.
Son talent a balayé
Les odeurs soupçonneuses
De poudre maffieuse.
Il est monté au faîte de la gloire
Porté par les ailes du swing
Poli par l’archet des violons.
Bien sûr il n’est plus.
Mais sa voix encore quelque fois résonne,
Peignant nos cœurs d’un azur éternel.
« Fly me to the Moon… »♪♫♬

IL SUFFIT…

Il suffit d’un oiseau dans le ciel,
Minuscule point d’espoir
Par delà les tumultes.
L’oiseau vit l’homme et lui dit :
« N’aie pas peur de ta terre si lointaine.
Suis-moi dans la lumière »
Et l’homme en s’avançant sans crainte
Vit qu’il savait marcher sur l’eau.
CONVOCATION

Comme tous les jours, le roi soleil
Avait convoqué tous ses sujets
Pour assister à son coucher.
Grande assemblée de perruques
Sagement assises en rond
Pour lui souhaiter une bonne nuit.
Mais ce soir là,
Le roi se coucha en catimini
Bien caché derrière les nuages.
Les sujets sans mot dire s’éclipsèrent
Et il ne resta bientôt plus dans l’anti-chambre
Que le banc et l’arrière banc..
RENCONTRE SPORTIVE

L’un pédalait, le nez dans son guidon
En poussant son ombre devant lui.
Vite, vite, réclamait sa moyenne.
L’autre courrait, allongeant sa foulée
Yeux à demi fermés, inondés de soleil.
Vite, vite, lui commandait son chrono.
Sans rien en dire,
Le grand tunnel de béton
Nous avait donné rendez-vous
Dans sa parenthèse d’ombre.
Ils se sont croisés sans se voir.
Moi, si !
DANS LE PETIT MATIN

Derrière lui, il a laissé la nuit
Avec ses silhouettes endeuillées
Hérissées de cauchemars.
Il s’est avancé jusqu’à
L’eau encore frissonnante
Des reflets d’étoiles disparues.
Assoiffé, il a levé les yeux
Et noyé son regard
Dans les ocres émergeant.
Et il a bu tout son soul,
À la promesse de l’aube.
INUTILE

Nous aimions venir au couchant
Nous asseoir ici en souriant,
Nos doigts enlacés.
Tu t’es lassée de mon penchant
Et tu es partie, me laissant
Seul, le cœur glacé.
Pour qui maintenant,
S’allonge l’ombre des bancs ?
TOUT EST POSSIBLE

Qu’as-tu dans ton sac
Jeune collégienne
Des rêves, des illusions
Des espoirs, des ambitions ?
S’il te plaît, ne soupires pas
L’air accablée devant les escaliers.
Si tu savais, la chance que c’est
De pas connaître le bout du ch’min !
TOTEM

Tu fus :
Grand arbre phallique aux ambitions verticales
Auréolé de semences égayées aux vents.
Tu es :
Totem déchu à la vérité diagonale
Drapé de souvenirs effilochés au vent.
Tu resteras :
Sentinelle éplorée d’un monde horizontal
Vieil os blanchi, poli par les assauts du vent
Pour un futur inter-
minable.
RETOUR

Adieu destinations lointaines
Lagons bleus, sables blonds
Alizés joyeux agitant les palmes.
Il a bien fallu revenir
Dans le bel avion blanc
Et remonter son col en sortant à Orly.
Tous les souvenirs sont bien pliés
Dans la valise à roulettes
Qui vibre au creux de la main.
La rue se resserre autour de moi.
Bientôt mon immeuble
Et mon petit chez moi.
Bientôt le placard
Où il sera temps pour ma valise
De prendre ses vacances.
PAPILLOTES EN GELÉE

Paillotes en papillotes, vous hibernez
Il n’y a personne qui vient vous fréquenter.
Le sable a confié au vent le soin de ses rides
Et la lune toujours suit son éphéméride.
Le ciel de glace, tranchant comme du verre
A soumis vos ébats aux rigueur de l’hiver
Des silhouettes emmitouflées passent au loin sans vous voir
Vous êtes sentinelles du désert, esseulées sans espoir
Esclaves, soumises au Printemps et à son bon vouloir.
VITE A L’ÉCOLE

Courez, courez, mes petites gambettes
Vite, vite, la cour de récréation
Que j’ai le temps de sauter dans les flaques
Qu’on ait le temps de faire nos démons
Et d’échanger nos pokémons
Ça traîne, ça traîne
Mais qu’est-ce qu’il fait mon daron ?
Ah oui, c’est vrai, il n’aime pas quand il pleut.
Ça lui donne des idées noires
Il fait sa tête de grognon
Avec sa barre sur le front
NARCISSE

En équilibre sur les bosses de Sète
Elle roulait sa bosse pleine de fossettes.
En équilibre sur le fil, elle fixait le firmament
Dans l’eau, son reflet la suivait en dansant.
« Oh ! Mon beau reflet ! » dit la lune coquette,
Regardant en bas et rêvant de goguettes.
Et vlan ! La lune tomba du fil, tout net
Elle se retrouva bientôt, le bec dans l’eau,
A compter les hippocampes au fond de Thau.
LE CHEMIN DU QUOTIDIEN

Les jours se rajoutent aux jours
Comme les pavés sur le chemin.
Ceux que l’on piétine sans cesse ;
Les chemins du quotidien.
On rêve carrière, objectif, mission, philosophie
Comme des anges de pur esprit
Nous qui ne savons pas vivre sans manger.
Aller faire les courses, les ramener,
Préparer les repas, débarrasser la table,
Faire la vaisselle, ranger l’égouttoir
Et recommencer, toute cette humilité.
Toute la vie, à petit pas
Porter son sac de quotidien
Et le trouver bien lourd
Quand approche la fin du chemin.
ÉGLISE

Dans la petite église au cœur de la ville
Tout est propre tout est simple, rien n’est vil.
Les bancs cirés sortent d’ombres qu’on devine,
Le mur peint un pastel de lumière divine.
Une vierge dépose un regard tranquille
Sur ce coin de paix au silence immobile
Oubliées, sont les fureurs des convictions
Luttes fratricides aux temps d’inquisitions
Croisades, anathèmes et autres exactions
Dès que le pouvoir salit les religions.
On est juste rentré comme ça, sans y croire
Parce qu’on passait par là, juste pour voir
Et d’un coup ce lieu vous donne tout son espoir
Dans la pâleur des bougies libératoires.
ELLES

Deux très petites demoiselles
Assises au bord d’une margelle
Se racontaient des ritournelles.
Plus rien n’existait autour d’elles
Que leurs sourires en ribambelles
Aussi légers que des dentelles.
Toutes charmantes coccinelles
Si tout le monde avait vos ailes
Que la vie pourrait être belle !
TOURMENTS

La mère a fini de compter les ans.
Ils sont venus partager le tourment
Avec l’air grave et le regard ardent.
La guitare est oubliée sous un banc
Sur les joues, les larmes sèchent au vent
L’absence, même, a figé les enfants.
Les hommes éperdus ne sont plus que déchirures,
Les femmes silencieuses, apaisent leurs blessures.
Le deuil les brûle comme un feu de sarments.
Laisses-moi te dire que dans ces moments,
Mon pot’ le gitan, c’est pas un marrant….
AILES

Elle tombait de l’azur à tire d’ailes
A l’affût, je n’avais d’yeux que pour elle.
Dans le viseur, j’affûtai ma prunelle
Le doigt guettant le moment de l’appel.
Tu venais à moi, blanche caravelle
Traçant des courbes sur le bleu pastel
Te jouant du vent changeant, en vraie rebelle
Jusqu’à frôler l’eau pleine d’étincelles
Lassée de voir ton reflet trop fidèle
Tu as décidé de virer sur l’aile.
Clic, a fait mon doigt avec tout son zèle.
Un millième de tes secondes d’ailes
Sont tombées dans ma petite escarcelle.
Depuis, tu m’es devenue éternelle,
Je crois que je t’ai capturée, ma belle.
Non, voilà ma vérité qui chancelle,
C’est plutôt toi, qui m’a pris sous ton aile…
CORDAGES

L’« Espérance » est de retour à Agde.
Ce vieux voilier, rénové de frais,
Y est revenu le long du quai
Reprendre là, ses quartiers d’hiver.
Je longeais l’autre jour son bordage,
L’œil perché sur sa vergue latine,
Quand je surpris ces propos enflammés.
La jeune ancre enrhubée
Disait au vieux bateau en reniflant :
“Si un jour tu en amarre de bois,
Je be jetterai par dessus bord !”
Le voilier buriné lui répondait :
“Tout doux, tout doux, ma belle,
Arrête de te faire un sang d’ancre,
Tu sais bien que nous sommes liés pour toujours”
Et le vieux bateau la berçait en clapotant
La tenant enlacée contre son bord.
Je m’éloignai discrètement,
Ému par les mots si attachants
De deux cœurs qui sa corde.
POUR FAIRE LE MARIOLE

Ceux qui roulait dans c’te chignole
Sûr, c’étaient pas des branquignols.
Y dansaient pas la carmagnole ;
On fait pas ça aux Batignolles !
Sous l’capot, c’est pas d’la babiole
Et pour monter à la Gardiole
Du pétrol’ il en faut des fioles
Pour abreuver tout’ la bestiole.
Au volant, faut pas faire guignol
Pour épater les Espagnols
Sinon, bonjour les cabrioles.
Ça mon vieux, c’était d’la bagnole !
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