Publié le

temps de lecture 13 mn



BELLE AMÉRICAINE

Un sacré râtelier, ma belle américaine !
Bien fait pour dévorer les burgers chez Mac’ Kain,
Pas pour les ménestrels avec leur jolis ouds,
Plutôt pour les machos la-bas à Hollywood.

Ils piègent la lumière, chromes et aciers
Qui lui donnent, pour plaire, un bel air carnassier.
Quatre phares allumés comme des coups de triques
Aux accords exaltants de guitares électriques.

Lait de chèvre? Rien à voir avec toi “Chevrolet”
Ceux qui te conduisent ne boivent pas du lait !
Tu es beaucoup trop rouge, ma chère “Corvette”
Pour qu’on puisse te prendre pour une crevette.



ÉPHÉMÈRE

Volatiles pensées légères qui m’effleurent,
Quand je suis, rêveur pensif, au fond de ma bulle,
C’est à peine si j’entends vos conciliabules,
Que déjà, vous voilà passées comme les fleurs.

Idées demi-conscientes, aux contours éphémères
Aux saveurs indécises, entre sucre et amer
A peine formées que vous voilà envolées.
A quoi te sert donc cette raison éclatée ?

Disait mon poisson rouge, en rond, inamical
Me traitant, à raison, d’agité du bocal.


PETIT THÉÂTRE DE PARÉIDOLIE

Le mécréant
Dis-moi, la pythie, que vois-tu dans ma fumée ?

La pythie
Je vois un chevalier sur un cheval cabré.

Le mécréant
Ah ouais, un cavalier qui surgit de la nuit et qui court vers l’aventure au galop !

La pythie
Tais-toi ignorant, gardes ton Zorro, je ne discours pas avec les héros de pacotille.
Ce chevalier, c’est Don Quichotte, lui c’est un héro intemporel.
Vois comme iI poursuit ses moulins à vent.

Le mécréant
Hé, la pythie, faut t’acheter des lunettes !
C’est pas des moulins à vent, c’est des bulles de savon !

La pythie
Apprends donc, jeune arrogant,
que les bulles visées ne sont que des billevesées


RÉTRO-VISION

Le temps file, où est donc le frein,
Pour arrêter tous ces demains.
Le futur est très inquiétant,
Alors on pense au bon vieux temps.

La mémoire a tout embelli
En effaçant les jours de pluie
Oubliant nos mauvaises nuits
Et absolvant tous nos délits.

Alors quand on n’y comprend rien
Qu’on en a marre du mal de rein
De la fatigue qui nous épuise,
Alors en douce on s’autorise

Juste un coup d’œil dans le rétro,
Pour retrouver la vie d’château.



LES TROIS CHARDONS

Qu’a-t-il donc notre soleil ce matin
Le voilà pâle, orange et tout chagrin.
Vois-tu quelque chose, là-haut, mon frère.
Toi qui es si bien perché dans les airs.

Je vois que le ciel est plein de fumées
Et que le soleil en est abimé.
Il est en deuil des arbres morts au feu,
D’avoir trop pleuré, rouges sont ses yeux.

Ainsi parlaient la fratrie des chardons
Hérissée de peur devant ce plafond
Qu’une apocalypse matutinale
Avait repeint des couleurs infernales.



AU VOL

C’est un vif éclat de lumière insaisissable
Dont la trajectoire est à jamais insondable.
Des gouttes de blanc éparpillées au hasard
Sur l’ombre du mur qui se blottit dans le noir.

La lavande sait bien, pourtant, qu’elle est la cible.
De ce chemin bizarre à nos yeux pas crédible.
Attraper ainsi un papillon en plein vol
Pour un photographe c’est vraiment un coup d’bol !



DEUX PETITS NOIRS

Au premier temps nous étions là,
Cachés l’un à l’autre
Dans l’ombre profonde,
Chacun dans sa solitude.

Le soleil dans sa course
Lentement nous révéla.
Dans l’éblouissement de la rencontre
Nos fumets s’entremêlèrent

Depuis nous allons main dans la main
En suivant la lumière.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir du café !



ARGILE

Mains entrelacées aux pouces agiles
Outils de chair qui maîtrisez l’argile
Vous fascinez les regards pour toujours,
Hypnotisés dans la ronde du tour.

Sages mains, vous êtes des sages-femmes
Faisant de la terre naître les âmes
Vous savez d’une hideuse pâte informe
Faire jaillir les élégantes formes.

Sous couvert de caresse à douce voix
En force vous imposez votre loi.
Pour habiller le vrac de beaux atours
Vous avez plus d’un sac dans votre tour.



RICOCHETS

Fatigué d’avoir sifflé comme un sourd,
Agitant les eaux tout au long du jour,
Le vent se tût lors qu’arriva le soir
Laissant les ondes redevenir miroir.

Les pâles orangés et les bleu ciel
S’y mêlaient, composant tout un pastel
Rempli du silence mélancolique
Qui va si bien aux pâleurs angéliques.

Vinrent alors des mouettes en triplet
Déridant l’eau en joyeux ricochets
Hé tristesse, il est l’heure pour toi de fuir
Devant l’éclaboussure de leurs rires.

Cessez donc vos remarques ennuyeuses,
Vous savez bien que la mouette est rieuse!



LES ROUQUINS D’ALAIN

Les rouquins sont tristes là haut dans les arbres.
Alain ne vient plus pour jouer avec eux.
Ils le voyaient bien, au fil des ans
Peiner de plus en plus à suivre les allées.
Mais ils l’espéraient toujours.
Ils ont dit “C’est l’hiver qui le retient”
Mais le printemps est là et il est toujours absent.

Ils adoraient jouer à cache cache avec son objectif.
Et là, tu m’as vu ?
Et sauter en plein vol en le narguant de l’œil.
Et là, tu m’as eu ?
Ils savaient bien qu’ils ne resteraient pas
Au fond de sa boîte noire.
Alain les partageait de bon cœur
Les montrant à la cantonade
En les accompagnant de quelques mots flatteurs.

Hier, j’ai lu les mots d’Alain
D’une gravité que je n’imaginais pas
D’une résignation que je ne lui connaissais pas
Des mots simples et vrais comme Alain
Des mots calmes, tranquilles et généreux
Des mots terribles qui vont au-delà.
Hier j’ai lu les mots d’Alain
Et mon cœur est triste comme celui des rouquins



GRÈVES

Les beaux soirs dorés se sont mis en grève.
Les nuages noirs ont pris la relève.
Taches d’encre posées sur l’horizon,
Qui tiennent loin le soleil en prison.

Les ombres bleues ont rampé sur le sol,
Figé les oiseaux jusque dans leur vol.
Le soleil impuissant est tout en rage
Enfermé par les menaces d’orage.

Ses cris, en lueurs blafardes s’échappent
Comme autant d’espoirs filtrant sous la chape,
Mais vont s’engluer dans la nuit sans rêve,
Des vases noires couchées sur la grève.



IMAGINATION

En la voyant ainsi, j’inventais une histoire.
Le crayon à la main, penchée sur l’écritoire,
Je la voyais déjà comme une sœur de plume
A la fois concentrée et un peu dans la brume.

Je l’imaginais accrochée à son histoire
Cherchant les mots cachés au fond de sa mémoire.
Écoutant leur chanson au sortir de sa bouche
Pour vérifier qu’à la fin de l’envoi, ils touchent.

Sur l’empathie, voguait mon imagination
Ignorant les récifs des îles Déception.
Car en passant tout près, j’en tombais sur le cul :
Son crayon soupirait pour un beau sudoku.



VOITURE DE LÉGENDE

Juste un morceau suffit, une aile rebondie,
Un coin de calandre au bord d’un phare arrondi.
Deux bouts de traits obliques et tout revient, vivant :
C’est la marque aux chevrons, c’est la traction avant !

Curieux qu’une voiture au rêve si porteur
Ait marqué l’histoire avec un nom d’ingénieur.
C’est vrai que pour représenter l’innovation
Cette voiture était une révolution

Reine de la route par toutes ses expertises,
Elle est passée de convoitée à compromise.
Combien de malheureux y ont laissé leur peau,
Embarqués à l’arrière un soir de Gestapo ?

Épique, emblématique ou apocalyptique ?
C’est la légende qui choisit : voilà le hic .
Elle n’en demandait pas tant, cette mécanique.
De voir tout ça, elle en a avalé son cric !



EN PASSANT

Garde à vous, droits ! Petits soldats de bois,
Alignez vous bien le long de la voie
Pour former une noble haie d’honneur
Qui donnera aux passants du bonheur.

Les marcheurs remarqueront vos efforts,
Vos cheveux emmêlés, un peu retors
Et ils iront jusqu’à faire un détour
Pour découvrir d’autres de vos atours.

Les cyclistes savoureront vos ombres
Et pour arriver plus loin sans encombres
Peut-être aussi, d’une brève miction
Arroseront-ils le bas de vos troncs.

Les voitures fileront sans vous voir,
Occupées du prix de leur réservoir.
Vous serez, brève ombre, sur ces compteurs
Qui nous enjoignent d’arriver à l’heure.



EXTRAVAGANCE

Eh vous, li-ons superbes et généreux 
Qui, depuis vos piliers gardez les cieux
Que faites-vous là, d’un air si funeste
A orner une maison si modeste.

Souvent au fond des banlieues en oubli
On voit ces statues aux airs anoblis
S’ennuyer dans leur rôle de parure
Et finir, rongées par la moisissure.

Est-ce l’orgueil de leurs propriétaires
Voulant à tout prix se donner un air
Qui les condamne à la figuration
Pour décor banal manquant d’ambition?

Pauvres li-ons prisonniers de la pierre,
Vous finirez, étouffés par le lierre.



SAISON DÉMOCRATIQUE

Hiver, assez de ton eau, il y en a marre
Disaient tous les prés ensemble autour de la mare.
Des fleurs du printemps on veut être les fêtards,
A nous la chaleur d’un radieux soleil sans fard !
Donne nous de la pluie suppliaient les têtards,
Sinon, avortons, nous finirons en quenouille
Et les nuits de l’été resteront sans grenouilles.

En entendant monter tous ces avis contraires
Le ciel embarrassé ne savait plus que faire
Voulant à tout prix se sortir de cette farce
Il inventa d’un coup les giboulées de mars.



COQUELICOTS

Accrochées on ne sait comment
Leurs ailes frémissent au vent.
Sur fond vert, ces gouttes de sang,
Nous émeuvent à chaque printemps.

En papier de soie tout fripé
Sitôt éclos déjà fanés
Coquelicots pointez le nez
Pour adoucir nos temps passés.

Que cette année on vous retrouve
Dressés sur la pente des douves
Attentionnés comme des louves
Que pour la vie des cœurs se trouvent.



TEMPÊTE

Quand le vent furieux hurle son contre-ut
Basalte, écume aussitôt se disputent.
La mer en assauts répétés exulte
Et inonde le roc de ses insultes

Les eaux vocifèrent, cheveux hirsutes,
La pierre arrondit son dos et se butte.
Les flots limoneux se chargent de sel
Sous leurs coups, jamais le mur ne chancelle.

Les barques au loin tremblent aux clameurs
Du vent enragé d’où vient le malheur.
Si elles venaient à lâcher leur pontons,
En un instant, elles iraient par le fond.



MONTE-CRISTO SAISON II

Malgré l’orage et le courroux du ciel
Il a plongé dans l’eau, le beau héro
Pour échapper au bagne et à ses maux,
Son corps n’en pouvait plus de tant de fiel.

Il fend les eaux de ses muscles puissants
Bravant le froid, les écumes et le vent
Déterminé et le regard farouche
Il se moque de ce sel sur sa bouche.

Puis touchant terre et à peine haletant,
Tournant enfin le dos à son tourment,
Il regarde vers nous d’un œil ardent.

A cet instant, “coupez » dit l’assistant.



PLATANES

Vieux ancêtres, platanes centenaires
Qui nous offrez votre ombre débonnaire,
Vous êtes ces doyens du paysage
Dont personne ne se souvient de l’âge.

Vos bras tendus décharnés par l’hiver
Vos troncs d’argent marbrés de reflets verts
Jouent toujours avec le soleil oblique
En zébrant le sol d’ombres magnifiques

Hélas, voyez vos frères du canal
Que le chancre coloré met à mal
Les experts nous annoncent qu’un beau jour
C’est sûr, ce sera aussi votre tour.


ESCARGOT

Minuscule coquille bercée au vent
On peut te croire privée de vie souvent.
Pendant des jours tes spirales sont closes
Sans qu’aucune corne jamais n’éclose

Sous la chaleur du soleil adoré
La vie de toi s’est elle évaporée?
Qui peut vivre aussi longtemps privé d’eau?
Pas même du désert le meilleur chameau.

Une ondée un jour livre ses merveilles.
Tiens, cette mort n’était donc qu’une veille.
Doucement, à sa lenteur, l’escargot
Repart dans la vie, portant son fardeau.



BESTIOLE

Deux antennes, émergent à fleur de corolle,
Que notre ignorance appelle “bestiole”
Géants, nous passions sans la remarquer
Handicapés par notre cécité.

Mais si tout d’un coup sur elle on se penche
C’est tout un autre monde qui s’épanche
A quoi peut-il donc vraiment ressembler,
Dans ses yeux et ses antennes capté?

Que sait-elle des prés, des bois, des saisons,
De sa vie connaît-elle la raison ?
Tant de questions au sommet d’une tige,
Ne peuvent finir que par un vertige.



CONTES ET LÉGENDES

Escaliers des palais antiques
Envoûtés d’histoire héroïque
Votre ascension en clair-obscur
Nous pousse à perdre la mesure.

Escalier des palais anciens,
Refuge aux princes batraciens
Qui attendent un autre monde,
Cœurs meurtris, dans l’ombre profonde.

Montez l’escalier, demoiselles
Que la lumière sur eux ruisselle.
Faîtes-en vos princes charmants
Pour mettre fin à leurs tourments.



LA MAISON DU FOU

Pourquoi cette maçonnerie
En forme de bizarrerie ?
Que nous dit donc cette maison
Qui a le ciel comme plafond ?

Une arche pleine d’ambition
Ouvre une cour qui tourne en rond
Celui qui conçut ce pignon
C’est sûr a perdu la raison.

Mais il m’a plu, ce coin de mur
Aux formes si simples et si pures.
Ses découpes un peu décrépies
Où ocres et azur se marient.

Pour y trouver autant de goût
C’est peut-être moi qui suis fou.



GARGOUILLES

Des noms qui ont le bruit de gargarismes.
Des grimaces en forme de barbarismes.
Est-ce pour mieux vous donner en pâture
Qu’on vous a fait ces vilaines figures?

Des croyances vous êtes les chimères
Qu’on a suspendues là-haut dans la pierre.
Était-ce pour s’effrayer du malin
Et mieux goûter la beauté du divin?

Et si à la fin, toutes ces gargouilles
N’étaient qu’une farce, Corne-bidouille,
Des bâtisseurs voulant faire les andouilles
Pour voir du Pape la drôle de bouille.




ÉPIS QUI PIQUE

Porte épis, ou bien porc-épic ?
Courroucé, hérissé de piques.
Il remontait avec aisance
Dans les manches de mon enfance.

Ils sont les rois des bouquets secs
Perchés sur les bibliothèques
Ils restent ainsi toujours fringants,
Jamais fanés au fil des ans.

Portés sur les ailes du vent
Quelques uns, on ne sait comment,
S’égarent chez les herbes folles
Où les photographes en raffolent.

Parmi les fleurs, ces céréales
Des oiseaux seront le régal.
Et dans la prairie, ces épis
Finiront un jour décrépis.



L’HEURE BLEUE

Le jour a fui depuis déjà longtemps
Teintant le monde en bleu quelques instants.
Mais la nuit oubliera son souvenir
Noyant de ténèbres l’heure à venir.

La vie s’est réfugiée à l’intérieur
Fuyant l’obscurité et ses frayeurs.
Les gens se serrent, baignés de lumière chaude
Pour oublier, dehors, la mort qui rôde.

Au loin, les eaux transies jusqu’au confins
Se rident de frissons ultra-marin.
Dedans, au chaud, jouant les bienheureux
Les hommes rient pour oublier leurs bleus.



HOPPER

Nuits urbaines et géométriques
Insomnies aux yeux électriques
Exposées aux regards du verre
Vous montrez du monde l’envers.

Regards flous, happés par le vide,
A la longue attente impavides,
Le désir vous a fui, ailleurs,
Vous laissant cloués au malheur.

Ennui pétri de solitude
Caché au cœur des multitudes
Tu peins dans la nuit les couleurs
Du fantôme d’Edward Hopper.


⭐ Laissez votre avis sur cet article !

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *