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AUPRÈS DE MON ARBRE

Auprès de mon arbre, je vivais peureux,
Bien caché sous ses branches et par son tronc creux,
Redoutant que le ciel en grande colère
N’envoie voler mes tuiles là-haut tout en l’air.
Quand la lumière blême a noirci la terre
Sous sa ramure échevelée, je me terre.
Sur l’horizon le soleil est moribond,
Devant la nuit il me faut baisser le front.
De longues heures à affronter les ténèbres,
Écoutant le vent siffler ses chants funèbres,
Priant avec ferveur pour que la ramure
Sans jamais fléchir demeure mon armure.
TOURBILLON

Farfadette aux cheveux de mousseline,
Auréolée comme une Mélusine,
Elle a surgi au milieu de la foule
Pour lui donner l’allure de la houle.
Maelstrom d’un tourbillon de lumières
Entraînant avec lui les réverbères,
Ses arabesques aux couleurs avivées
Ont pris les yeux des enfants captivés.
Effilochés par le vent de ses ailes,
Étirés par son mouvement perpétuel
Ils ont inspiré l’odeur de sa sève
Pour ensemencer le creux de leurs rêves.
PANTOMIME DENEUVE

Mademoiselle grand-guibole,
Tu as un peu l’air d’un guignol
A faire cligner tes yeux éblouis
Et faire tourner ton parapluie
Au centre de notre cher bourg.
Plantée ici comme une tour.
Mademoiselle au très grand corps
Du ciel tu te rapproches fort
Sur tes échasses bien affermies
Tu mesures un Jacques et Demy
Désolé chè-re demoiselle
Née sous le signe de mes mots
J’ai oublié ta sœur jumelle
Ré mi fa sol sol sol ré do !
CRITIQUE D’ART

Que fait cette assemblée de poupées russes
Campées en croupe comme le Négus
Paradant sur son cheval Pegasus ?
Qui peut être l’auteur d’un tel hiatus,
Inoculant l’étrange comme un virus
Pour faire une photo d’un tel lapsus ?!
Il est allé droit dans le mur, le gus !
On dirait qu’elles attendent l’autobus,
Ou bien qu’elles vont chanter en chorus.
Complètement loupées ses poupées russes !
Vraiment rien pour écrire un papyrus.
LE TRAIN DES SAVEURS

On commence par mâcher le concombre
Qui donne au gosier la fraîcheur de l’ombre.
Au coeur, ses petites graines en nombre
Aideront à digérer sans encombre.
Ronde et polie, la tomate cerise
Éclate sous la dent et nous aiguise
Nos souvenirs d’enfant de friandises,
Nos envies de sud, plein de gourmandises.
Puis arrivent les carottes oranges
Qu’il nous faut mastiquer pour être aux anges,
Pour que sucre et salive se mélangent
Entraînant le palais dans les louanges.
Combien de saveurs dans ce train tout cru !
Tant de richesses cachées: qui l’eut cru !
CONCILIABULE

Bulle si légère voudrait bien s’échapper
Mais les barreaux inflexibles l’ont attrapée,
Et elle les a tordus en reflets convexes
Réclamant la raison de sa mise à l’index.
Pourquoi ne voulez-vous donc pas vous écartez
Je veux juste aller dans le ciel pour m’éclater.
Pas question dit la grille, tu es mon miroir
Sans ton beau reflet, je ne pourrais plus me voir
Sois sage et reste tranquille dans ton tiroir.
Bulle eut un chagrin si lourd qu’elle se creva.
Et chez la grille sans miroir, plus rien ne va.
JEUX DE MAINS

Qu’on ait la main adroite ou qu’on ait deux mains gauches.
Il faut se prendre en mains pour être un peu moins gauche.
On a souvent besoin d’une troisième main
Pour calmer les deux autres qui jouent au vilain.
Si quelqu’un d’autre en plus veut vous prêter main forte,
Méfiez-vous qu’en sous-main la discorde il n’apporte.
Ce serait trop dommage d’en venir aux mains,
Mieux vaut aller piano-piano, à quatre mains.
Fuyez la main armée qui cherche à faire main basse,
Cherchez la main tendue dans les mauvaises passes.
Si tous les gars du monde se donnaient la main
Ce serait du bonheur pour tous nos lendemains.
AUBE

L’obscurité peu à peu a bleui,
Le jour doucement réveille la nuit.
La conscience incertaine sort de l’ombre
Encore émue de rêves en décombres.
La vie redresse ses formes hirsutes
Pour suivre toujours son mystérieux but.
Hors l’horizon ourlé, le ciel est vide
Lourd de silence à nos quêtes avides.
Tout un jour encore, le temps impavide
Nous mettra sous les yeux sa page vide.
Aurons-nous aujourd’hui assez d’envies
Pour y tracer le récit de nos vies ?
BALARUC-LES VIEUX-BAINS

Vieux murs de pierre que les ans ont voûtés
De quel esprit êtes-vous envoûtés
Caché dans l’ombre de l’arc protecteur
Un banc y offre un moment de fraîcheur.
Par devant, comme une grande escarcelle,
Des pierres en rond jouent à la margelle
Autour d’un petit de bassin à orteils
Dont les vertus, dit-on, font des merveilles
Pour ceux qui ont déjà de la bouteille.
Rempli d’une eau chaude et un peu poisseuse,
Que les romains jugeaient raccommodeuse,
On y vient toujours honorer les thermes
Espérant à ses douleurs mettre un terme.
I CAN GET NO, SATISFACTION

Maintenant que l’ordinateur a pris la main
N’importe qui pourrait se croire musicien.
I.A. I.A. braient les hommes comme des ânes
Extasiés devant ces mélodies sans organes.
Ils sont vraiment trop forts, tous ces beaux algorithmes
Pour entraîner nos tympans à suivre leurs rythmes.
Super, ces processeurs qui recrachent sur l’heure
Les notes compilées de mille ans de labeur.
Un nouvel avatar de la consommation
Que ces distributeurs de vraies compositions !
Ils sont prêts à vendre à chacun la frustration
De se voir privé de son imagination.
VIENS VOIR LES MUSICIENS

J’aime bien aller voir les musiciens
Leur spectacle me fait toujours du bien.
Pour s’accorder, il leur suffit d’un rien,
Deux si, deux la, les voilà en chemin.
Un titre et ils respirent le même air,
Sans partitions, pour moi c’est un mystère.
Les musiciens n’ont pas besoin des mots
Ils ont l’air de vivre en dehors des maux.
Un regard pour marquer la connivence
Et suivre les harmonies dans leur danse.
Bien amenés, leurs chorus s’enchaînent
Débordant de joies, oubliant la haine.
LE MAÎTRE DES TEMPS

pEt tip et tap, c’est top, un bon batteur
C’est lui le métronome au son flatteur,
Coupant le temps en tranches de bonheur
Pour réussir à émouvoir nos cœurs.
C’est lui le grand maître de la cadence
Qui va nous emmener jusqu’à la transe
Et nous y fera trouver la jouvence
Pour oublier des ans l’horrible danse.
La musique s’agrège sur ses os,
De ce squelette, c’est bien lui le boss
Toujours sur le plateau, là-bas au fond
C’est grâce à lui que les succès se font.
LES TABLES DE LA LOI

Les mots pour s’envoler sont très agiles
C’est pour ça qu’on les grave dans l’argile.
Une fois tracés, alignés, dociles
Ils sont prêts pour former un codicille.
Avec les coups précis d’une spatule
On met un terme à leurs conciliabules.
On les emprisonne au coeur de la glaise
Pour empêcher qu’ils ne prennent leur aise.
Encaqués dans une syntaxe affreuse
Leur mélodie n’est plus d’humeur joyeuse
Même lues par une belle liseuse
Les tables de la loi sont ennuyeuses.
A CONTRE-JOUR

A contre-jour les ténèbres s’agrippent
Mécontents du soleil,ils font la lippe.
Ils lacèrent le ciel de leurs griffures
Entamant la lumière de leurs fissures.
Les ombres d’encre hérissées en morsures
S’enchevêtrent comme autant de ratures.
De noirs abîmes s’élèvent en butte
Révélant des tourments toutes les luttes.
Nos humeurs sombres aussi parfois résistent.
Pour s’en défaire il faut qu’on nous assiste
En déversant sur nous beaucoup d’amour
Pour adoucir l’effet du contre-jour.
RENGAINE SYLVESTRE

Entouré de bleu comme une île
Un vieux souvenir de vinyl
Enroule ses microsillons
Avec des branches pour rayons.
Une oreille affûtée en saphir,
En se penchant, entendrait frémir
Des forêts tous les enchantements
Déguisés en milles bruissements.
L’âme du vent égarée, en longs sifflements,
S’étire, éplorée,en haut de ce firmament.
Consolée par la douceur des feuilles, elle descend
Trouver dans les racines un calme bienfaisant.
INTIMITÉ

Petit coquelicot si tu savais
Les choses que le soleil nous dévoile
Profitant des finesses de ton voile
Petit coquelicot si tu savais.
Sur l’écran vermillon, vif, écarlate
Voici deux ombres qui s’approchent et s’embrassent
Cédant à ce désir qui les enlace.
Et dans ce creux, à peine on la devine,
Ta toison frissonnante d’étamines.
Sur l’écran vermillon, vif, écarlate.
Petit coquelicot si tu savais…
Toi qui es si timide et si discret
D’une grande honte tu rougirais !
MINORITÉ

Où sont passés ses frères ? C’est incompréhensible !
De quel mystérieux mal ont-ils été la cible ?
L’année dernière, il se souvient de tout leur champ ;
Une marée de points rouges, si attachants.
Ils étaient tout un peuple unis par la couleur,
Parmi ses frères miroirs, il n’avait pas peur.
Ils étaient assez forts pour être généreux
Disant aux graminées “Ne soyez pas peureux”
Cette année il est seul dans les herbes qui bougent
Dans la marée verte, c’est lui, la tache rouge.
Au coeur de la prairie qui frémit à toute heure,
Il croit entendre un murmure réprobateur.
Il est faible, esseulé, son rouge lui fait peur,
Mais que sont devenus ses frères de couleur ?
INCONGRUE

Que fait la noblesse des reines d’Éthiopie
Sur le pavé de cette cour, tout accroupie ?
Par quel chemin ce regard tourné vers la Mecque
S’est-il retrouvé dans la cour d’un archevêque ?
Sans beaux atours ni riches parures d’ivoire
Par tous les temps, lui serait-il plaisant de voir
Sa nudité voilée par un simple bandeau
Ainsi exposée sous le regard des badauds?
Pour faire entrer en ville la beauté des arts,
Envers le fou chantant, on a eu plus d’égards.
La culture parfois bizarrement résonne ;
Narbonne tu m’étonnes,
Narbonne tu déconnes.
CANAUX

Il y a les canaux de Brel et leurs désespoirs,
Justes bons pour une photo en blanc et noir,
Des canaux qui se noient dans les éclats ternis
Des flaques de leurs berges jusqu’à l’infini.
Il y a les canaux du Midi et leur verdeur
Écrasés tout l’été d’impossibles chaleurs
Avec leurs ombres balayées du souffle ardent
Qui répand ses brûlures avec le vent d’Autan.
Et puis il y a le mien qui me réjouit le cœur.
Qui semble naître, au loin, baigné de douceur.
Qui offre à mon regard, d’un geste généreux,
Le reflet de grands arbres au port majestueux
Se mirant à l’envers au fond d’une onde bleue.
Qui répand à mes pieds, en cascade d’espoirs,
Les reflets argentés d’un petit déversoir.
FAUX THAU, VRAI T.O.C.

Balaruc, à l’est de Thau, est idéal.
Le couchant y peint l’étang en carte postale.
Le soleil, élégant, joue les prolongations
Livrant chaque fois une nouvelle version.
Hypnotisé, cent fois je l’ai mis dans ma boîte,
Disque d’or rayonnant ou nimbé dans la ouate,
Cœur d’orange écarlate, en me disant “Pauvre homme,
Tu as déjà de quoi remplir tout un album ! ”
Courbes en pointillés, cadeau des capêchades,
Sont toujours à mon œil une vraie régalade.
Aux ocres et aux bleus je viens faire la fête,
Me disant “Celle-là, tu ne l’as jamais faite”.
Ce lieu est pour moi plus fort que l’impératif,
Ma volonté se plie à l’ordre compulsif.
À l’heure où la splendeur du soir sort son estoc,
Comme un grand enfant ravi, je cède à mon t.o.c.
TENDRES FRAYEURS

Brocéliande, est mère de nos forêts d’enfance
Aux chemins encombrés de milliers d’imprudences.
Animées de contes et légendes en cascade,
Elles terrifiaient nos livres de leurs embuscades.
Leurs pluies de fééries, débordant des chaudrons,
Coulaient dans nos rêves jusque sous l’édredon.
Les rochers noirs, moussus, dormant sous les fougères
S’éveillaient en gnomes célébrant Lucifer.
Ah! Délicieux frissons s’égouttant des feuillées
Je vous retrouve enfin, là-haut, vous m’accueillez
Laissant tomber sur moi une pluie de jouvence
Imprégnée des odeurs des histoires d’enfance.
DRAME SUR LE GREEN

Elle était tombée aux mains d’un Raspoutine
Passant sa colère à arpenter le green.
Tout un après-midi heurtée par le fer
Pour aller s’envoler là-haut dans les airs
Pour sauter d’un bond les bords de la rivière.
Puis rouler sans fin, à manger du gazon,
Sans plus savoir où se trouve l’horizon.
Longtemps malmenée, ravalant son courroux,
Dix huit fois elle s’était vue au fond du trou !
Elle était fourbue de son parcours d’hier,
Échouée sur le sol, complètement atone,
Émaciée, cabossée et tout juste bonne
À ramasser à la petite cuillère.
TOURMALET : LA MONTÉE

Qu’il est dur à monter, le Tourmalet
Ascension au calvaire pour mollets !
Le temps étiré, en pesantes heures,
A s’acharner contre la pesanteur.
Les roues semblent enracinées dans l’asphalte
Pour exiger on ne sait quelle halte.
Mais le cycliste met un point d’honneur
A s’échiner jusqu’au bout de sa sueur.
Petit braquet et tant pis pour le souffle
Il est là pour l’effort, pas les pantoufles.
Le corps, perclus de douleurs enlacées,
S’offre au ruban de la route en lacets.
La victoire attend là-haut, sur le col
Sa montée, du vrai courage est l’école.
TOURMALET : LA GLOIRE

Bravo, les rois de la petite reine !
Ils sont arrivés au bout de leur peine,
Ils ont rejoint le peuple des géants,
Titrés « grimpeur », ils sortent du néant.
Oubliés les douleurs et leurs grimaces,
Plus rien qu’un sourire éclairant les faces.
Devant l’air vif, on a remis les manches,
Posant pour célébrer, comme un dimanche.
Voilà la photo faite : ils sont au col !
Sur Internet, maintenant ils s’envolent.
Tout autour du monde, on sait qu’ils l’ont fait ;
Pour chacun, ça fait un drôle d’effet.
Trop forts, ils ont la gloire pour palais !
Ça y est, ils ont vaincu le Tourmalet !
TOURMALET : LA DESCENTE

La descente vient comme une revanche,
On s’y engage tel une avalanche.
Tout le décor est rayé de lumière,
Dans ce tunnel, on ne fait pas le fier.
Les deux mains agrippées sur le guidon.
Surtout ne pas relâcher l’attention,
Un œil pour le virage à l’horizon,
Un autre, au près, pour l’état du goudron.
En équilibre sur un fil, en lutte,
Surtout ne jamais penser à la chute.
Bolide sans carcasse, peau à vif,
La trajectoire est ton seul objectif.
Et maître et prisonnier de ta vitesse,
Il ne reste plus qu’à serrer tes fesses.
A fond les ballons, torrent sans galet
Dévale les pentes du Tourmalet.
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