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A LA SAINT-TURBIN

Le premier mai, c’est un super dimanche
Une bonne occasion pour la page blanche
Alors les mots il faut tous les gommer
Pour que le verbe aussi soit bien chômé.
Enfin… presque!
JUSANT 1

La mer, fatiguée a fait sonner la retraite
Ses vaisseaux tumultueux vers le large s’affrètent.
Au long des côtes le miroir des eaux se brise
Laissant les bancs de sable émerger à leur guise.
L’eau rebrousse chemin, suivant l’éphéméride
Laissant monter de la vase une odeur fétide.
Si le vent faiblit et que le soleil est bon
Une brume se lève et mange l’horizon.
Dans nos yeux attentifs c’est une déception
De voir ainsi l’eau abandonner ses bastions
De longues heures, attendre, en ce vide amarré
Jusqu’à la délivrance d’une autre marée.
JUSANT 2

La mer est au loin, aspirée par la marée
Tombelaine sur le sable est désemparé.
Les eaux miroitantes se sont évaporées
Dégageant un désert aux lointains éplorés.
Un groupe de cavaliers, hardis, téméraires
Est en route pour se mesurer à la mer.
Naseaux frémissants, oreilles au vent, tendus
Les chevaux sont hantés par toute cette étendue.
Quand les vagues au loin subiront la renverse
Les cavaliers connaîtront leur partie adverse.
Ce sera le temps pour eux de jouer les héros
Pour accorder leur galop à celui des flots.
NE PLEURE PAS

Bien-sûr tu as le teint cireux
Ton crâne reste sans cheveux
Tes lèvres resteront figées
Sans pouvoir donner un baiser
Et tes joues, pauvre petit homme
N’auront pas la couleur des pommes.
Ne pleure plus petit bonhomme
Pense à l’amour que je te donne.
Regarde mon application
Souviens-toi de mes attentions.
Sois sûr qu’avec tous mes essais
Tu auras de beaux yeux, tu sais.
GRIS SOURIS

Aujourd’hui c’est grand jour de pluie,
Je sens en moi monter l’ennui.
Voir toute cette eau qui s’égoutte,
Au fond de moi ça me dégoûte.
Les tuiles bombent leurs gros dos,
Les palmes pleurent en rideaux.
En traits d’argent, la rude averse
Raye les ombres de sa herse.
Plus la pluie étend son empire
Et plus j’exhale de soupirs
C’est idiot de se mettre ainsi
Pour de l’eau, le cœur en soucis.
Tant de pays en sécheresse
Rêveraient de cette richesse,
Eux qui n’ont pour toute rivière
Que du sable et de la poussière.
A chaque goutte qui crépite,
C’est pour la terre une pépite.
Arrête de faire ton aigri
Et souris, même s’il fait gris !
FLEUR DE NAVE

Ça suffit de la rose et des œillets,
De ne penser qu’aux fleurs pour les bouquets.
Jolis poivrons brillants, courgettes fines,
Le potager est plein de bonnes mines.
Plusieurs légumes, enfants de la saison,
Avaient en tête une composition.
Nous égayerons la table des convives
En les étourdissant de couleurs vives.
Radis sculptés, carottes effilochées
Lames d’endives en étendard fichées
Et tomates cerises sur le gâteau :
On n’avait jamais rien vu d’aussi beau.
Les invités en furent interloqués
Et en un rien de temps, tout fût croqué !
CIEL ! MON COURROUX

Il s’était mis au bord de l’eau pour élever
Colonnes élancées, arabesques rêvées.
Terrasses à balustrades alvéolées
Façades à fenêtres de haute volée.
Il s’était coiffé le chef d’un dôme orgueilleux
Qui avait fait dans la région beaucoup d’envieux.
On lui a conseillé de rester plus modeste
Qu’à la fin ces folies seraient pour lui funestes.
Ce château arrogant, n’en faisait qu’à sa tête
Dépensant son argent en mille et une fêtes.
En voyant cela, le ciel en prit un ombrage
Qui au long de l’hiver se transforma en rage.
Accumulant ses nuages lourds de menaces
Pour faire tomber des pluies à réjouir les limaces.
L’Hérault, prenant le relais de cette colère
Roula ses tumultes dans un bruit de tonnerre.
Il s’énerva si bien qu’il fit gonfler ses eaux,
Montant jusqu’à noyer les caves du château.
CAÏD EL’MHATOU

Matou blanc était un dur, un caïd
Sautant et cavalant comme un bolide
Flanqué comme une ombre de ses compères
Inséparables, on aurait dit trois frères.
Experts en rapine chez la crémière
Ils s’honoraient d’être chats de gouttière.
Mais une nuit de printemps sans lumière
Sous le feu de l’amour, ils s’étripèrent.
Menant un tapage à tomber par terre,
Ils finirent en cage à la fourrière.
MINETTE

Minette, dans sa prison, était blême.
Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même.
Enfermée parce qu’elle était trop belle,
Car sa douceur, aux cœurs, donnait des ailes.
En voyant sa blancheur incomparable
Son allure élégante, inimitable
Les cœurs pleins d’amour devenaient zazous
Ne pensant plus qu’à faire des bisous.
Hélas, les marchands de peur et de haine
Redoutant la fin de leur bas de laine
La firent engrillager sans un plaideur
Livrant le monde à l’horrible laideur.
A L’ENVERS

Hé photographe, il est bizarre ton appareil,
C’est une lanterne à regarder des merveilles!
Des tourbillons d’arbres qui dansent dans le ciel
Et qui déroulent leur farandole plurielle.
Hé photographe, c’est ton œil qui est malade,
Arrête donc de nous raconter des salades.
Si tu es fatigué, vas donc te mettre au vert :
On n’a jamais vu d’arbres avec les pieds en l’air.
DISTINCTION

Dans une auberge du Poitou, des petites cuillères s’ennuyaient au fond de leur tiroir tout noir. On ne les sortait que pour des visiteurs de routine.
Des camionneurs en transit.
Des voyageurs de commerce
Des randonneurs égarés
Des représentants encravatés…
Un jour d’hiver plein de brume, la Torpédo de l’Archi-Duc de Montblazon, juste devant l’auberge, rendit son âme sur le gazon.
L’archi-duc transi, craignant pour son sang déjà bleu, se fit servir illico un chocolat bien chaud.
Pour en tourner la mousse, l’aubergiste en vitesse, rafla au hasard une petite cuillère, dans le noir de son tiroir.
La chère élue fût tout en émoi de se voir ainsi prise en de si nobles mains. Et quand il s’agit plus tard de se faire pourlécher à chaque lampée par un Archi-Duc à moustache, la pauvre n’en finit pas de rougir.
Depuis ce jour dans le tiroir noir d’une auberge du Poitou il y a une petite cuillère qui vit dans la lumière de son souvenir.
L’OMBRE MYSTÉRIEUSE

e marchais un soir dans le hasard de la nuit
L’ombre m’attendait absorbée dans son ennui.
Tache immobile sur la vitre dépolie,
Noctambule fuyant l’heure d’aller au lit.
Je passais lentement, guettant un mouvement
Intrigué par cet étrange comportement.
Mais rien ne voulait bouger sur ce grand écran
Qui versait sur moi son mystère pénétrant.
Le lendemain, suivant un pouvoir magnétique
Mes pas me ramenèrent à la même boutique.
L’ombre figée avait gardé sa même place,
Semblant me regarder au travers de la glace.
Grimpant sur un banc pour démasquer ce taquin
Je croisais le regard absent d’un mannequin.
INSTANT DE GRÂCE

La voix vivait l’histoire d’un amour d’antan
En souriant de cette douceur qu’il aimait tant.
Portée par la mélodie, comme au doux zéphyr
La main ondulait sans jamais vouloir frémir.
Drapées dans les accords de leur deux musiciens
Elles et eux, en harmonie, ne faisaient plus qu’un.
Alors le temps renonça devant tant de grâce.
Sur l’ombre du mur, la main levée pour bénir
Délivra sa caresse au tendre souvenir.
LA MANDOLINE SAGE

Beau masque, au pied d’un palais Vénitien,
Rêvait de mandoline aux temps anciens.
Il l’imaginait en colombe pure
Portée par Vivaldi et ses allures.
Il la voyait, très sagement cachée
Bien loin des embrasures des croisées.
Elle déchiffrait ses notes à la bougie
Ignorant tout du monde des orgies.
Faisant vibrer ses cordes mélodieuses
Et résonner ses mélodies joyeuses
Elle s’accordait au rythme des canaux
Dessinant au mur le reflet des eaux.
MANDOLINE ÉMANCIPÉE

Dans son palais Vénitien, Gwendoline
Se lamentait d’être une mandoline.
Elle voulait changer sa voix de crécelle
Pour le chant velouté du violoncelle.
Elle en avait assez des révérences
Et du pied, voulait battre la cadence.
Elle demanda pour Noël en cadeau
D’apprendre à jouer du jazz tous les tempos.
Le renne du Père Noël, Stanislas
Qui pour vibrer au swing était un as,
Pris de pitié par cette enfant si lasse
Lui apprit à jouer à la contrebasse.
CLIN D’ŒIL

Il s’est levé tôt le soleil
Sans égard pour notre sommeil.
Nous avons roulé dans la nuit
Pour être arrivés avant lui.
Il est apparu à la nage
Sortant sa tête des nuages
Nous étions cachés par le phare
Tentant d’échapper à son dard
Il a grimpé par l’escalier
Sa lumière montait par palier
Son arrivée dans la lanterne
M’a fait frissonner l’épiderme
Son clin d’œil de rouge vêtu,
Pour nous dire “suis-moi, veux tu”,
Je lui ai rendu, ce matin
Avant le souffle du marin.
LA ROUE DE LA FORTUNE

Pour nous rouler et nous ôter toute raison
Le luxe, ça c’est sûr, en connaît un rayon.
“Achètes-moi ma jolie roue dans son caisson,
Les gens en la voyant seront en pâmoison.
Elle brille autant que le soleil en plein jour
Et saura être pour toi le premier secours”.
Ainsi argumentait le luxe, gonflé à bloc,
S’adressant à un quidam fermé comme un roc.
Le butor renfrogné, sans doute un prolétaire,
A tous ces beaux arguments restait réfractaire.
Cet anarchiste, en rustre mal embouché,
Répondit sans se dégonfler :”Plutôt crever!”
FLORE

J’adorais ces lanternes si proprettes
Je les appelais charmantes clochettes.
Elles égayaient de rose les herbages
Portant des collerettes d’enfants sages.
Pour être érudit, un jour je m’enquit
De son nom auprès du sage Wiki.
Sa réponse sonna comme un soufflet
Te désignant comme un « Silène Enflé ».
Quoi ! Moi qui t’imaginais si féminine,
Tu étais créature masculine
Et candidate à la pénicilline !
Quand je sus que tu étais enlacé
A la fratrie des caryophyllacées.
Ce nom mélodieux pour moi fût assez
Pour que ma rancune en soit effacée.
ÉMAUX ET MYSTÈRES

Le pinceau bien tenu comme une dague,
Pour être sûr que le trait ne divague.
L’œil aux aguets, reflet de l’attention
Le souffle retenu dans l’émotion.
L’artiste se redresse l’air satisfait
Sur la terre crue, tout semble parfait.
Mais les couleurs, de quoi aurez-vous l’air ?
La cuisson des émaux, c’est le mystère.
Avec les mots aussi, c’est un mystère.
On les aligne, on les choisit pour plaire.
On les envoie, plein d’espoir, dans les airs
Et quand ils sont reçus, ils indiffèrent
Ou alors ils déclenchent des colères.
Quand on fait ça sur scène : c’est un four !
AU LARGE

Quand on a assez grandi et qu’on en a marre
De rester ainsi attaché à ses amarres.
On préfère partir tout droit vers l’inconnu
Être ballotté par ce monde biscornu.
Quand, dans la traversée, on voit sa liberté
Entravée aux pontons de la réalité
On reprend le large en de longues rêveries
Semant dans nos pensées tout un charivari.
Quand arrive la fin, chacun de nous souhaite
Trouver dans ce moment la douceur d’une fête
S’éloigner sans douleur, guidé par la lumière
Pour toucher l’horizon en glissant sur son erre.
JOIE ÉPHÉMÈRE

Je suis née par le souffle d’un enfant
Portée par ses rires ; aussi par le vent.
Le sort, qui a plus d’un tour dans sa manche,
A mis sur ma route un arbre et sa branche.
C’est miracle d’être toujours entière
Sur les aiguilles d’une dentellière.
Transparente je m’irise d’un rien
Mais si rebondie, je reflète tout.
Le bleu lumineux, là-haut dans les cieux,
La joie des enfants qu’on voit dans leurs yeux.
Regardez-moi, savourez l’émotion
Jusqu’au ‘clac’ de ma cruelle implosion.
LA POINTE-COURTE (début)

A la Pointe-Courte, tout est un peu en vrac.
œil souvent se pose sur tout un bric à brac.
On y pêche avec toute son humilité
Et on y cultive l’originalité.
Ce n’ est pas toujours le moment pour la daurade
Alors en attendant les nasses ont l’air en rade.
Confiées au soin du vent pour animer les murs
On pourrait dire que leur vie n’est pas trop dure.
Pendant tout le temps où il faut bien qu’elles sèchent.
Tout au fond de l’eau c’est du bon temps pour les seiches.
Mais si d’aventure le pêcheur les décroche
Prenez-bien garde à vous, pauvres poissons de roches.
Vous risqueriez de trouver votre vie bien courte
Si vous venez rôder près de la Pointe-Courte.
LA POINTE-COURTE (Suite)

A la Pointe-Courte tout est un peu mic-mac
Pour embellir le cours des jours, c’est une fac.
Les filets indolents, pour occuper les trêves,
Sont pendus aux vergues pour attraper les rêves.
Certains vous diront que ce sont des enveloppes
Pour ramener des gros poissons à périscope.
D’autres prétendent qu’en les jetant dans le noir
Ils remontent des sous-marins bleus à nageoires.
A la Pointe-Courte on connaît le merveilleux
Et chacun à le droit de rêver comme il veut.
LA POINTE-COURTE (fin)

A la Pointe-Courte tout est un peu foutrac
Certains trouvent leurs habitants un peu trop braques.
Avec tous ces cabanons aux planches branlantes
C’est tout le quartier qui a un air de brocante.
Écoutez ce que vous disent ces deux potiches.
Comprenez-le comme un clin d’œil qui vous dit “chiche”.
Car le sourire de la blonde un peu godiche
Vous invite à venir découvrir cette friche
De délires divagants en devenir
Pour adoucir l’issue de l’avenir.
DÉGUSTATION

L’alambic au long bec, bien campé sur ses pattes
Distille un élixir à exploser la rate.
Reflets de cuivre chaud, bien lustré pour l’épate,
Il luit dans l’ombre des caves de Noilly Prat.
Sa bedaine rebondie toute débonnaire,
D’un père tranquille lui donne le bon air.
En confiance, on ajoute au tonneau sa mixture
Sans imaginer le risque d’une biture.
Attention à vous petits et grands visiteurs,
Vous qui voulez goûter à toutes les couleurs.
Gardez-vous bien, si vous devenez écarlate
De finir comme l’alambic, à quatre pattes !
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