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Atelier d’écriture lundi 28 septembre 2026
MARCHÉ
« Et allons-y Mesdames à la salade, elle est belle elle est pas chère ! »
Ah ! La gouaille des marchés… La gouaille et le boniment : « Aujourd’hui tout est gratuit jusqu’à la caisse ! »
Quand on veut évoquer les marchés, on pense tout de suite aux couleurs des étals : vert pomme, jaune citron, rouge cerise.
On pense aussi aux odeurs : celles des épices qui vous font voyager, celle du poissonnier qui s’attache à vous pour toute la journée.
Mais, sur la rhétorique, on pourrait tout autant en écrire des pages. Ce qui serait sans doute un peu long ! Je me contenterai donc de n’évoquer que cette utilisation singulière de la troisième personne du singulier. Comme par exemple dans cette entrée en matière.
« Alors ? Qu’est-ce-qu’i’ veut aujourd’hui, le jeune-homme? »
Voilà une contraction du « il » très indécise qui hésite entre le « vous » et le « tu ». Son côté impersonnel met cette distance que réclame le « vous » respectueux, mais, collé à l’adverbe de temps « aujourd’hui », il penche vers le « tu » de la fréquentation familière et quotidienne.
Cette hésitation traduit bien l’ambivalence des relations que nous entretenons avec nos commerçants.
Bien sûr, nous sommes heureux de les retrouver chaque semaine, ils ont leur place dans le paysage rassurant de nos habitudes. Avec eux, nous ne parlons pas que de la météo, on évoque aussi des projets, les futures absences, on s’enquiert de la santé. Peut-être même tombons-nous d’accord sur les petits-enfants, si d’aventure, l’un des nôtres nous accompagne.
Pourtant, que savons nous d’eux ? Mon marchand de légumes n’est pour moi qu’un homme-tronc, navigant au dessus d’une mer houleuse de choux-fleur. Ma charcutière n’est qu’un regard filtrant au travers d’un rideau de saucissons. Je suis prêt à parier que vous-même, si vous rencontriez votre marchand de fromage, nu sur la plage, affalé sur sa serviette et rêvassant au dessus de sa grille de Sudoku, vous ne le reconnaîtriez pas !
Pour terminer, vite, vite, je dirai encore deux mots sur cette propension à attribuer à ses clients un âge qu’ils n’ont plus. Ah ! Ce « jeune-homme », comme il est doux à mon oreille, surtout depuis qu’il arrive à mon tympan au travers de mes prothèses auditives !
Personnellement, je trouve cette forfaiture un peu louche. Elle me fait l’effet d’être un baume préventif pour atténuer la brûlure finale que ressentira ma carte bleue.
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